Flambeaux

Avant le premier tour des régionales, la France avait peur : il n’y avait pas de graffitis, pas de lacérations d’affiches électorales, rien. Le signe n’avait pas trompé : la France était devenue muette, l’abstention triomphait. C’est pourquoi mon cœur bondit de joie quand je me présentai à mon bureau de vote pour le deuxième tour : de l’affiche du parti au pouvoir l’UMP ne gisait plus dimanche matin que des lambeaux sur le trottoir. Quant à la coalition de gauche, elle ne présentait plus qu’un cyclope au nom de « Chon », toute l’autre partie de la figure de Jean-Paul Huchon avait été rageusement lacérée. Les colleurs et les décolleurs d’affiches avaient repris du service, on revivait. Ajoutez à cela qu’après les désastres divers d’une saison froide rigoureuse, le printemps avait pris le Beau pays comme par surprise. Ainsi étaient les Français qui sitôt le premier soleil apparu se prélassaient sur les terrasses à peine sèches pour essayer d’oublier qu’ils étaient fatigués de l’hiver. Fatigués de leur fatiguant président devenu illisible ; un jour il faisait savoir qu’il n’assisterait pas à l’accueil de Simone Veil sous la Coupole, l’autre jour il se ravisait. L’impression laissée par son hésitation fut plus dévastatrice encore que celle provoquée par sa défection annoncée. Quel était ce chef qui ne maîtrisait même pas ses décisions ni son agenda ? Eux, les petits, les obscurs, les sans-emplois, fatigués des signes d’affolement que donnaient les ministres (ils avaient de quoi paniquer : ils devaient tous sans exception, être battus à ces élections) ; le plus pathétique fut le Premier d’entre eux, Fillon qui, pour une fois, était sur le devant de la scène. Il perdit les pédales, lui le « pilote de course », dans les derniers jours avant la déculottée annoncée. Croyant pouvoir soulever des troupes déjà défaites sur l’argument émoussé de l’insécurité, il annonça avec des trémolos qu’un policier agressé récemment était mort. Manque de chance (sauf pour l’intéressé), le policier en question était bien vivant ! Quel était ce premier ministre si mal organisé et informé qu’il pouvait faire une bourde aussi dévastatrice ? Oui, les Français était bien fatigués, non seulement de leurs rapports avec l’administration comme le rapport du Médiateur de la République le révélait, mais encore de leurs dirigeants, Guéant – jamais conseiller de l’ombre ne se mit tant en lumière – qui annonçait un remaniement « technique » comme s’ils n’étaient pas tous politiques tel celui qui allait suivre, fatigués de MAM avec son refrain éculé et inaudible sur les « mauvais Français » (les socialistes, bien sûr), fatigués de tous les trucs employés pour tenter de les influencer, de les paniquer, de les faire douter. Fatigués des transfuges qui faisaient profil bas (Kouchner, Besson), fatigués des Bertrand qui faisaient la voix haute mais qui n’avait plus que deux arguments et les passait en boucle (« Arrêtez de lire vos fiches, M. Bertrand ! » lui lança Cécile Duflot le soir du désastre à la télévision). Fatigués des procès d’intention, fatigués des prétentions, fatigués du mépris, fatigués même des maladresses dont la plus symbolique et la plus drôle fut servie par le bleu du gouvernement lézardé, Mitterrand qui au cours d’une cérémonie planta directement sur le sein charmant de Marion Cotillard la décoration de Chevalier des Arts et Lettres. Bref, il était temps de respirer ailleurs. La gauche tentait un nouveau slogan : « Ah dieu ! que l’après-guerre interne est jolie ! » pour ne pas retomber dans ses errements fratricides. Quant au nouvel Appel du 22 mars de Cohn-Bendit il faisait penser dans un clin d’œil à la jeunesse… Décidément, ça sentait bon, soudain, on sentait moins sa fatigue, mais qu’est-ce qui était donc dans l’air ?… Le printemps, tout simplement. Jusqu’à mardi prochain.

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