Flaubert et Beckett, héros romanesques


  • Lorsqu’en septembre 1875, à 53 ans, Gustave Flaubert se rend à Concarneau, il est profondément déprimé. Sa mère est morte peu auparavant, ainsi que plusieurs de ses proches, principalement son ami intime Louis Bouilhet, Jules de Goncourt ou Théophile Gautier, et il peine à avancer dans ce qui deviendra Bouvard et Pécuchet. Et sa nièce, dont le mari est menacé de faillite, pourrait vendre la demeure normande de Croisset où il a écrit son œuvre. Jouissant de la seule compagnie du biologiste Georges Pouchet, qui l’initie à la vie des poissons, il va écrire le conte La légende de Saint Julien L’Hospitalier. Ce sont ces quelques semaines que, dans Un automne de Flaubert, raconte avec empathie, dans un style limpide, le romancier Alexandre Postel, laissant aller son imagination car, de cet épisode peu connu, il ne reste guère de traces.

C’est un autre géant de la littérature mondiale, mais du XXe siècle, le prix Nobel irlandais devenu écrivain français Samuel Beckett, que Maylis Besserie a choisi comme « héros » de son premier roman, Un Tiers Temps. S’attardant sur ses derniers mois de vie passés dans une maison de retraite du XIVe arrondissement parisien, Le Tiers-Temps, l’autrice y donne la parole à l’écrivain octogénaire au fil des semaines qui vont de juillet au 11 décembre 1989, jour de sa mort. L’auteur de Murphy plonge dans ses souvenirs habités par sa mère, May, ou par Joyce, il se souvient d’une agression dont il a été victime en 1938 ou d’un mal de dents survenu peu après la fin de la guerre à Saint-Lô. Et surtout, il raconte son quotidien, évoque ses sorties, les infirmières, les appels et visites qu’il reçoit (notamment de « l’éditeur-auquel-je-dois-tout »). Sans oublier de se plaindre de « la dingo mitoyenne qui miaule », quand elle ne pousse pas des « hurlements », juste au moment où il venait de trouver le mot « soubresauts ». Ces passages, qui permettent de découvrir un autre Beckett, sont entrecoupés d’observations médicales diverses, jusqu’aux ultimes examens de début décembre dans la dernière partie, le troisième temps.

Alexandre Postel, Un automne de Flaubert, Galimard, 135 pages, 15€

Maylis Besserie, Un tiers temps, Gallimard, 183 pages, 18€