Flaubert, Flaubert, Flaubert!


Le Dictionnaire Flaubert, qui vient de paraître chez CNRS éditions (avec une préface, donc la bénédiction, de Pierre-Marc de Biasi, spécialiste incontesté du maître normand), est en réalité un auto-dictionnaire, pour reprendre la définition donnée par Pierre Assouline à son ouvrage récent sur Simenon. Il ne s’agit pas, en effet, d’un dictionnaire sur Flaubert mais de Flaubert. Son maître d’œuvre, Jean-Benoît Guinot, ne disserte pas sur l’écrivain, pas plus qu’il ne commente ses œuvres ou son style, mais donne exclusivement la parole à l’intéressé lui-même (ainsi qu’à quelques autres qui en parlent, tels les frères Goncourt dans leur Journal), à travers sa fabuleuse Correspondance, principalement, mais aussi ses romans (surtout les deux Education sentimentale) ou ses carnets intimes.

Au fil des très nombreuses entrées, certaines évidentes, d’autres plus anecdotiques (mais néanmoins importantes), on découvre ce que «l’ermite de Croisset» pense de l’amour, de l’amitié, de l’abstinence, de l’art, du réalisme (auquel on l’a trop vite assimilé, à sa grande fureur) ou de l’écriture (et sa fameuse volonté, confiée à Louise Colet lorsqu’il entame Madame Bovary, d’écrire un livre «sur rien, sans attache extérieure, qui se tiendrait de lui-même par la force interne de son style (…), un livre qui n’aurait presque pas de sujet ou du moins où le sujet serait presqu’invisible, si cela se peut»). Ou encore de ses contemporains (il sait être très mordant) et des villes et pays visités. On suit aussi l’enfantement de ses différents livres dont il rend abondamment compte au fil de leur progression à ses divers correspondants. Bien sûr, ces presque 800 pages ne s’adressent qu’à un lecteur déjà intéressé par Flaubert (comme d’ailleurs tout livre de ce type). Mais pour celui-ci, quelle aubaine!


Biasi montre par exemple, comment, à travers son lent labeur sur Madame Bovary, se fait jour une théorie de l’écriture notamment marquée par l’impersonnalité, ce qui ne signifie pas humilité mais au contraire reflet d’un rapport « éthique » au monde. Ailleurs, il explique comment Flaubert s’affranchit du réalisme – même s’il veut parler du réel – par l’art, donc par l’écriture – on y revient toujours.