Focus BD (2) : fictions autour de grands peintres


Cinq titres sont actuellement disponibles. Jan van Eyck (scénarisé par Joannidès lui-même), qui fut aussi un émissaire du duc de Bourgogne, Philippe le Bon. Toulouse-Lautrec mêlé à une drôle d’enquête policière suite à l’enlèvement d’une princesse anglaise. Goya vieillissant régnant en despote dans sa nouvelle propriété des environs de Madrid où vivent son modèle et la fille de celui-ci qui ressent à son égard un mélange de répulsion et de fascination. Georges de La Tour obligé de fuit Lunéville, menacée d’être incendiée en pleine Guerre de Trente ans, tout en refusant que sa fille se mette à dessiner. Ou Peter Bruegel qui, alors que les «gueux» se révoltent contre la tyrannie de Philippe II et du sanguinaire Diable Rouge, dissimule sous des têtes d’animaux cinq mendiants dans un petit tableau dont la signification reste encore floue aujourd’hui.


Comment avez-vous travaillé sur Van Eyck dont une partie de la vie est non connue? Le fait qu’il y ait de grandes périodes de flou, c’est formidable. Je suis parti de quelques événements véridiques: son entrée au service de Philippe le Bon en 1425, Constantinople tombe aux mains des Ottomans en 1453, Philippe réfléchit à l’opportunité de lancer une nouvelle croisade qui finalement n’a pas lieu, etc. J’ai imaginé que Van Eyck, dont on sait qu’il était un émissaire sans savoir exactement ce qu’il faisait, est allé négocier une neutralité avec le dernier royaume musulman d’Europe à Grenade tout en allant compter ses alliés et ses ennemis à Constantinople pour préparer cette croisade. En même temps, je parle d’art, du fait qu’il utilisait des personnes réelles comme modèles.


Pourquoi le duc de Bourgogne ne veut-il pas que Van Eyck révèle ce secret? Ce secret lui appartient, c’est l’équivalent des grands secrets industriels aujourd’hui. Et on ne sait d’ailleurs toujours pas comment Van Eyck préparait sa peinture même si on a des hypothèses. Il n’est pas propriétaire de ses inventions. Quand on est protégé par un grand seigneur, tout ce que l’on crée l’enrichit.

En quoi Van Eyck est-il le père de la peinture occidentale, comme vous l’écrivez? Il fait passer le statut d’artisan à celui artiste, il est le premier à signer ses œuvres. Il apporte aussi une minutie nouvelle dans sa peinture. Par exemple, dans le retable de L’Agneau mystique, chaque visage est différent. Le fait de représenter la nature, des arbres au second plan par exemple, c’est également nouveau. Il est aussi l’un des premiers à nous faire entrer dans la psychologie des personnages. Il a cinquante ans d’avance.

Pour rester dans la peinture, à noter, toujours chez Glénat, la première partie d’une vie de Le Caravage signée Milo Manara. La jeunesse de l’artiste (1571-1610) est racontée avec une certaine liberté… et quelques femmes dénudées, évidemment, sans quoi Manara ne serait pas Manara.

(1) 52 d’entre eux ont été réunis dans un beau-livre chez Glénat sous le titre Les grands peintres. Interviews imaginaires.

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