Frédéric Lenoir, un philosophe qui médite

« Exister est un fait, vivre est un art. » Il faut donc apprendre à vivre, comme on apprend à cuisiner, jouer du piano ou sculpter. Cette conviction, formulée en introduction de Petit traité de vie intérieure, guide Frédéric Lenoir depuis son adolescence. Cette initiation s’est faite en trois stades. Sur la première marche, Frédéric a 13 ans. Lorsque son philosophe de père, René Lenoir, lui met dans les mains Le Banquet de Platon, il commence à se poser des questions assez inhabituelles à cet âge : Pourquoi vivons-nous ? C’est quoi être heureux ? La vie a-t-elle un sens ? Ces réflexions vont lui donner des valeurs, des règles de vie. Il fera des études philosophiques.

Sur la deuxième marche, il a 16 ans et découvre les enseignements du Bouddha. S’ensuit un long séjour en Inde au cours duquel il découvre la méditation auprès de Lamas tibétains. « J’étais quelqu’un d’assez anxieux, très stressé. La méditation m’a appris à gérer mes émotions, à m’apaiser. » Sur la troisième marche, le jeune homme de 19 ans ressent un « choc profond » à la lecture des Évangiles. « Ma découverte de la spiritualité est liée à celle des philosophes grecs qui se demandent comment développer au mieux l’esprit pour progresser, pour se transformer, pour s’améliorer. La spiritualité, pour moi, c’est devenir meilleur par l’esprit. Et la transcendance, je l’ai trouvée dans la lecture des Évangiles. Mon désir de m’améliorer a ainsi pris corps à travers la foi chrétienne. »

Ses recherches philosophiques et spirituelles, celui qui a dirigé entre 2005 et 2013 Le Monde des Religions les partagent depuis une quinzaine d’années à travers de nombreux essais, livres d’entretiens, romans, contes, mais aussi des bandes dessinées et même une pièce de théâtre, Bonté divine !, qui met en scène un prêtre, un imam, un rabbin et un bonze. Dans Le Christ philosophe (2008), remontant aux sources évangéliques, il montre que le Christ à transmis un enseignement universel reposant sur des grands principes éthiques : l’égale dignité de tous les êtres humains, la liberté de l’individu par rapport au groupe, la séparation du politique et du religieux, la non-violence, le partage, la fraternité, l’amour du prochain… « Ces grands principes qui fondent le message chrétien le dépassent aussi, précise-t-il. Ils ont joué un rôle fondamental dans l’Occident en “s’échappant” de l’Église à partir de la Renaissance pour donner naissance, souvent contre elle, aux droits de l’Homme et aux grandes valeurs fondant la modernité occidentale. » Dans un autre essai important, Socrate, Jésus, Bouddha (2009), il étudie les apports respectifs des ces trois hommes dont l’influence est considérable à des niveaux différents : Socrate s’appuie avant tout sur la raison, le maniement des idées, le Bouddha sur l’expérience intérieure, la méditation, et Jésus sur la foi. L’un privilégie la justice, l’autre la compassion, le troisième l’amour.

Dans Du bonheur, un voyage philosophique (2013) et La puissance de la joie (2015), il s’attelle à examiner ces notions qui nous sont familières. Et qui se retrouvent l’une et l’autre parmi celles abordées lors d’ateliers qu’il a animés cette année dans dix écoles maternelles et primaires en différents points de la francophonie – France, Belgique, Suisse, Afrique, Québec ou Antilles. Et dont il fait le récit son nouveau livre destiné aux éducateurs, aux enseignants et même aux parents, Philosopher et méditer avec les enfants. Chaque séance débute par un temps de méditation qui permet aux enfants de se recentrer sur leurs corps, leur respiration, et d’atteindre ainsi un calme intérieur pour pouvoir gérer leurs émotions. Ensuite démarrent les ateliers philo qui évoquent le cours de philosophie et citoyenneté créé cette année dans les écoles primaires belges. Ils partent d’interrogations universelles : Qu’est-ce qu’une émotion ? Qu’est-ce que l’amour ? C’est quoi un ami ? Qu’est-ce qu’une vie réussie ? Sont également soulevées les questions de la violence, de la différence entre croire et savoir, de l’immortalité ou du sens de la vie.


Quel que soit le milieu social ou l’aire géographique, Frédéric Lenoir s’est aperçu que les arguments étaient identiques. C’est le fruit de l’expérience et de la capacité de la raison à analyser. En Belgique, il a travaillé dans une classe à Molenbeek où il s’est rendu à trois reprises, la dernière fois quelques jours après les attentats de Bruxelles. « C’était très émouvant. Les enfants étaient particulièrement sensibilisés. Ils étaient déchaînés contre les terroristes, les traitaient de fous, voulaient les envoyer en enfer, etc. Majoritairement musulmans, ils sont très ouverts à la philosophie, adorent parler, échanger. Les notions de partage, de solidarité, d’entraide, d’amour sont particulièrement développées chez eux. On voit qu’ils sont éduqués avec ces valeurs-là. » Pour prolonger ses activités, Frédéric Lenoir a créé une fondation, SEVE (Savoir Être et Vivre Ensemble), destinée à former des formateurs pour animer des ateliers en classe.

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