Game over

Que faire perdu dans un aéroport lointain, prisonnier d’une valise de vingt kilos, en compagnie de deux enfants et d’un couple d’amis ? Des amis ? Disons de vagues relations avec lesquels, après un dîner sympathique, on s’est embarqué sans réfléchir pour sept jours all inclusive –on nage ensemble, on mange ensemble, on dort ensemble et on parle ensemble même quand on n’a rien à se dire, juste comme autour de la table de Leterme. Une semaine à faire semblant -on est civilisé- à tenir bon en décomptant les jours, les heures. Soudain, la délivrance ! Taxi, en route vers l’aéroport ! On se revoit à Bruxelles ? Très vite ! Promis ! Et soudain, en arrivant dans le hall au milieu d’une foule en folie, on apprend que ces amis, on est collé à eux pour des heures, des jours, des mois, peut-être pour le restant de notre vie.

Nous n’avons jamais réussi à atteindre le comptoir de la compagnie. Six cent voyageurs forment un rempart autrement efficace que la défense du Standard.

Les hôtels pris d’assaut, bus et voitures introuvables. Saigon, la veille de l’entrée des troupes communistes.

C’est alors que nos excellents amis ont imaginé un jeu : le premier qui dénoue le casse-tête de B.H.V. a gagné. La meilleure rédaction sera envoyée par mail au roi et aux gamins qui  commencent à fatiguer. C’est pas comme nous, ils ne reviennent pas de vacances.

On s’y est tous mis. Y compris les enfants. Mes amis m’ont épaté, je l’avoue. Pendant que des milliers de Belges s’égosillaient égoïstement à écraser leurs voisins pour embarquer les premiers pour Zaventem (arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde, soit dit en passant), nous, on se dévouait pour la chose publique.

Moi, j’avais élaboré un projet qui faisait de Bruxelles-national (propriété d’une société australienne) et de Brussels south (sous la dictature d’un Irlandais) une entité nouvelle où l’on ne parlerait qu’anglais (le reflet de la situation sur le terrain) et dont la tutelle serait exercée par deux gouverneurs, nommés par Canberra et Dublin. Les enfants ont imaginé de rattacher les six communes à facilités à Plopsaland (version originale flamande mais avec sous-titres français). Ma femme a suggéré de défiscaliser les magasins de luxe du Brabant flamand en échange de l’abandon  des facilités.

Nous étions assez fiers de nous quand nous nous sommes aperçus qu’un autre passager, qui avait observé le résultat de nos cogitations au-dessus de nos épaules, a soudain renoncé à attendre son vol pour rejoindre Bruxelles au plus vite. J’ai cru reconnaître Alexander De Croo. L’air drôlement pressé. Et incroyablement inquiet. Eh, monsieur De Croo ! Ce n’était qu’un jeu ! Alexander, reviens, ils vont te rendre fou ! Trop tard. Il avait déjà disparu.

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