glorieux été ou hiver du déplaisir ?

Le vent de gauche qui a balayé la France lors de ses élections régionales n’aura donc pas passé les Alpes. Partant d’une situation de onze régions à deux en faveur de la coalition de centre-gauche, la donne italienne est désormais de sept régions gouvernées par l’opposition contre six par la majorité de Silvio Berlusconi. La victoire de la coalition de centre-droite est donc incontestable. Même la région hautement stratégique du Latium – Rome et son hinterland – que tous les observateurs voyaient à coup sûr dans l’escarcelle du centre-gauche sera désormais gouvernée par Renata Polverini, une proche de Gianfranco Fini. Au nez et à la barbe d’Emma Bonino, ex commissaire européen et figure de proue du combat pour la laïcité et l’égalité hommes-femmes.

Mais il nous semble qu’une juste interprétation des résultats de ces régionales doit nécessairement conjuguer trois éléments indissociables l’un de l’autre. Le premier est la victoire personnelle de M. Berlusconi. Personnelle au sens premier du terme.  M. Berlusconi avait en effet déclaré : Cette élection sera un référendum pour ou contre moi, il n’y pas d’autres enjeux qui tiennent. Il a gagné. Les Italiens incontestablement ont conforté sa position à la tête du pays alors même que son trône semblait vaciller depuis plusieurs mois. Désormais, il deviendra extrêmement difficile, sinon impossible, de contrer la marche en avant du premier ministre. La loi d’immunité, la loi sur l’empêchement légitime, la réforme de la magistrature, l’interdiction des écoutes téléphoniques, le renforcement de la mainmise gouvernementale sur les médias d’information, sa (probable) élection à la présidence de la République (et donc sept nouvelles années d’immunité pénale) : le calendrier berlusconien est fin prêt.

Second élément : la nouvelle dimension politique du parti xénophobe de la Ligue du nord, principal allié, au niveau national, de Silvio Berlusconi. Il s’agit d’une donnée d’importance. Car, dans le nord du pays, les victoires de la majorité gouvernementale sont en réalité des victoires de la Ligue. Exclusivement de la Ligue. L’entièreté de l’arc alpin – le Piémont, la Lombardie, la Vénétie –  est désormais dans les mains des hommes d’Umberto Bossi. Mieux : En Emilie Romagne et en Ligurie, traditionnels bastions rouges, la Ligue réalise une percée sans précédent, historique, se plaçant ainsi, selon les dires de ses leaders, aux portes de Rome. De plus, si l’on se prête à une lecture nationale des résultats, le pourcentage obtenu par le mouvement sécessionniste se  situe entre 12 et 14%. Du jamais vu. Un véritable tsunami électoral compte tenu de la faible représentativité de la Ligue dans le sud du pays. Le choix d’Umberto Bossi, avalisé par M. Berlusconi, de se présenter à l’électeur sous ses propres couleurs, refusant ainsi d’intégrer les listes uniques du centre-droit, s’est donc révélé payant.

Troisième élément : le raz-de-marée de la Ligue du Nord s’est principalement réalisé au détriment du Popolo della Libertà. Il s’agit d’une autre donnée d’importance. Le parti de MM Berlusconi et Fini a en effet perdu, sur l’ensemble du territoire, près de 10% des suffrages exprimés. Pire : Dans plusieurs régions importantes du nord du pays, alors même que les hommes d’Umberto Bossi ont doublé leur score et que la gauche stagne, le Popolo della Libertà voit ses suffrages diminuer de près de 20% !  En clair : Là où la Ligue gagne, le Popolo della Libertà perd. La victoire personnelle de Silvio Berlusconi ne signifie donc pas une victoire de son parti.

Que déduire de la conjonction de ces trois éléments ? Tout d’abord que la stratégie mise en place par MM Berlusconi et Bossi, visant à offrir à l’électeur mécontent la possibilité de continuer à voter à droite, en choisissant la Ligue (ce que n’avait pas compris Nicolas Sarkozy en constituant une liste unique), s’est révélée payante. Mais aussi, plus fondamentalement, qu’un pacte a probablement été conclu entre les deux hommes. Un pacte qui pourrait se résumer de la manière suivante : Je t’abandonne le nord du pays, où tu seras maître, tu m’aides à garder mon trône à Rome.

Mais, en politique, les pactes préélectoraux n’engagent que ceux qui y croient. M. Bossi, dont la rouerie n’est plus à démontrer, se contentera-t-il de gouverner les trois régions du Nord dans lesquelles ses hommes ont brillé ? Ses premières déclarations d’après scrutin peuvent permettre d’en douter. Dès lundi soir, il a revendiqué, pour lui-même, le maïorat de Milan aux prochaines élections communales. Ajoutant qu’un rééquilibrage au sein du gouvernement, à la lumière des résultats de son parti aux régionales, n’était pas à exclure.

Or le blanc-seing (ainsi que les têtes de listes et les postes exécutifs qui l’accompagnaient) donné par Silvio Berlusconi à la Ligue du Nord a fait des mécontents au sein de son propre mouvement. A commencer par les néofascistes de Gianfranco Fini. M. Berlusconi sera-t-il suffisamment fort pour résister aux assauts revendicatifs de la Ligue ? Que pourra-t-il concéder sans provoquer de schisme avec ses alliés d’extrême droite ? N’est-il pas désormais prisonnier de ce nouveau rapport de force qu’il a lui-même contribué à dessiner ? En conclusion, comme le Richard III aux abois de Shakespeare, ne risque-t-il pas de connaître une fin de règne précipitée par les fantômes de ceux qu’il a sacrifiés pour conserver son trône ? Hiver du déplaisir transformé en glorieux été ou glorieux été transformé en hiver du déplaisir ?

#Berlusconi #Bossi #Fini #LigueduNord

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