Gotlib en toutes lettres


Cela tombe bien : Un abécédaire, le livre que consacre Thierry Groensteen à Gotlib, s’ouvre et se referme sur deux mots qui caractérisent parfaitement le créateur de Pervers Pépère et fondateur de Fluide Glacial. « Absurde », d'une part, où il est question des « escargauchos » ou de « Grolarzan ». L’auteur rappelle que « l’absurde, l’illogisme, la déraison sont une composante du comique gotlibien ». « Zizi », d'autre part, où l'on peut ire que ces appendices masculins prolifèrent dans l’œuvre de cet « obsédé du zizi », jusqu’à être « souvent ouvertement pornographique ». Entre ces deux entrées, quelque soixante-cinq autres permettent d’approfondir l’univers de ce maître de la bande dessinée.

On y retrouve les attendus Gai Luron et Belle-Lurette, Alexis et Frémion, Hamster Jovial et Superdupont, Dingodossiers et Coccinelle. Sont aussi abordés ses liens avec son coauteur de la Rubrique-à-Brac, René Goscinny, son patron à Pilote avec qui il a entretenu un rapport quasi filial. Mais l'aîné verra très mal le départ du cadet pour fonder L’Écho des Savanes, dont en plus il désapprouve le contenu. « Parricide » qui conduira Gotlib à entamer une psychanalyse.


On découvre aussi, sans en être surpris, que l’artiste était un grand angoissé, « habité par un sens certain du tragique », comme le souligne par exemple la récurrence de la présence de la mort sous son crayon. « L’humour ne se définit pas. On peut tout juste dire ce qu’il n’est pas. Par exemple, il n’est pas gentil, il n’est pas bon enfant. L’humour est un sale gosse qui fait jubiler ceux qui le fréquentent mais qui emmerde les autres.» Cette citation figure sous l’entrée « Humour (limites à) » où il est principalement question de l’impossibilité, pour Gotlib, de combiner humour et nazisme, « lui qui avait vu coudre une étoile jaune sur sa blouse grise d’écolier, lui dont le père avait été arrêté par la police française et déporté ». Trois pages sont d’ailleurs consacrées à ce peintre en bâtiment d’origine juive roumaine arrêté en 1942 et jamais rentré des camps. Ce «petit tas de fumier discrètement dissimulé je ne sais où dans ma tête », comme l’écrit son fils qui ne s’en est jamais remis, son œuvre abondant de références au père.