Homère noir


Le «mainstream» de la littérature française est, finalement, le plus provincial ; une province minuscule qui couvre 2 arrondissements parisiens, où vivent des gens coupés des réalités, vivant pour la plupart une vie superficielle. La vie est ailleurs, sans doute. Même dans ce qui ne s’est pas passé. C’est ce que propose la magnifique épopée de Sylvie Kandé, un long texte entre poésie et prose, trois chants qui suggèrent d’abord ce que le monde aurait été si, embarqués sur leurs pirogues, les Africains avaient, les premiers, découvert l’Amérique ; puis ces pirogues, devenues embarcation d’un dernier espoir pour ceux qui, aujourd’hui, fuient la misère en quête d’un autre Eldorado. La littérature est d’abord là pour bousculer et ouvrir les yeux, les oreilles. Entendez ce chant, cette sourde mélopée des impossibles rêves et des possibles engloutis ; une ecture salutaire pour se souvenir qu’écrire ne sert pas qu’à rassurer et à endormir les enfants gâtés.