<i>La</i> Méthode Commode, <i>ou</i> Méthode MILVI

Les discours de rentrée politique sont habituellement des exercices guindés, austères, principalement destinés à alimenter les commentaires des observateurs, de la presse, des initiés. Les chefs de gouvernement, les leaders de partis, du haut d’une tribune dressée devant un parterre de militants, pérorent à l’infini, justifient péniblement les échecs de l’année écoulée, déversent sans retenue des flots de promesses, se répandent en une logorrhée de bons sentiments. Il en va ainsi aux quatre coins de la planète, semble-t-il, de l’hémisphère nord à l’hémisphère sud, en Europe comme aux Etats-Unis, au Maghreb comme en Australie. Et il se dit que ces exercices ne sont pas pour rien dans le désintérêt du citoyen pour la politique, le politicien ennuie ses administrés, entend-on dire ça et là, par ses modes et des discours, il semble tout droit descendu d’une autre planète…D’où une certaine tendance à la peoplisation, à l’histrionisme…sans toutefois engranger de brillants résultats.

Alors, que faire ? Comment établir un lien sincèrement affectif entre les leaders et leurs peuples ? Comment instaurer réellement ce pathos tant décrié mais ô combien indispensable dans la relation à l’administré, comment émouvoir l’auditeur, lui dire : Je gère ton pays, ce qui est une tâche ardue, il est vrai, mais vois : Je suis comme toi, moi aussi j’aime m’amuser, profiter de la vie ? Oui, comment y parvenir ? Tout simplement en appliquant la Méthode Commode, dite aussi méthode MILVI, une méthode en cinq points, radicale et prête à tous les usages, privés comme publics, à utiliser indifféremment devant une poignée de fidèles ou devant un parterre de plusieurs milliers de personnes.

Rappel historique : Commode succéda à Marc Aurèle à la tête de l’Empire romain en l’an 180 de notre ère. Marc Aurèle était l’incarnation même du gouvernement conscient de la gravité de sa tâche, de l’importance que revêt la gestion de la chose publique. Stoïcien depuis l’âge de douze ans, éduqué par seize maîtres (dont pas moins de dix philosophes), il se dit qu’il couchait à la dure, mangeait sur le pouce et n’était en rien porté sur la bagatelle. Terriblement pieux, honnête, rétif à la gloriole et au faste, il représentait l’incarnation du rêve cicéronien : L’union en un même gouvernant du pouvoir et de la science. Toutefois, malgré un règne parsemé de grandes réalisations, de victoires légendaires, jamais il ne parvint à établir de lien affectif avec un peuple au tempérament pourtant enclin à l’adoration.

C’est alors qu’arriva Commode. Elu empereur, il se posa la question suivante : Comment se fait-il qu’un tel homme ne fut pas aimé ?  Il possédait pourtant toutes les qualités requises, jamais en ses actions ne manqua la majesté du rang. Puis il songea : Peut-être ne devrais-je pas vouloir tirer le peuple vers le haut… lâchons la bride, entretenons ses instincts les plus vils, plongeons lui et moi, main dans la main, dans l’eau fétide de nos vices. Là sera la clé de mes succès, conclut-il. L’histoire raconte que Commode, qui commença à boire, à se déguiser et à traquer filles et mignons, mit alors au point une méthode, que les initiés connaissent plus volontiers sous l’acronyme MILVI, et que jamais, non, jamais il ne s’en départit.

Question : La méthode MILVI est-elle applicable de nos jours ?

Prenons, au hasard, un pays dont nous ne donnerons pas le nom mais qui prend la forme d’une botte et est baigné par deux mers. Ce pays est aujourd’hui gouverné par un homme qui, à l’instar de Commode, aime se déguiser – talonnettes, implants, collagène, etc. Comme Commode en son temps, ce nouveau César vient de connaître des problèmes d’alliance, son principal allié, un félon, vient de le lâcher. En ce début septembre, il profite donc de la rentrée politique, lors d’une fête de la jeunesse donnée dans la capitale de son pays, pour recoller affectivement avec son peuple. Pour ce faire, naturellement, il utilise la méthode MILVI.

Décor : Le nouveau César (par facilité, Silvio B.) est assis dans un fauteuil, chemise bleue largement ouverte sur un torse glabre, le sourire large et figé aux lèvres. Face à lui une jeune et jolie femme qui, dit-on, serait journaliste. Démonstration de l’application de MILVI :

  1. M pour Mégalomanie : Silvio B., spontanément : Je vais vous raconter une anecdote tout ce qu’il y a de plus réelle à mon sujet. Un type meurt et se présente devant St Pierre, il prétend s’appeler Silvio B. Pris d’un doute, Saint Pierre téléphone à Dieu sur son portable et lui explique de quoi il en retourne. Ce n’est pas possible, rétorque Dieu, Silvio B, c’est moi (regard satisfait…) !

  2. I pour Incivisme : Question de la journaliste : Que diriez-vous à nos jeunes sur la nécessité de s’informer ? Réponse : De moins lire les journaux (…), la plupart des journaux désinforment et se moquent des lecteurs ; à titre personnel, j’ai passé l’été à démentir des déclarations que je n’ai jamais faites (regard outré…).

  3. L pour Lubricité : La journaliste demande à Silvio B. ce qu’il choisirait de supprimer entre le Dôme milanais et le Colisée romain. Réponse : Puis-je moi aussi poser des questions ? Oui, répond la journaliste. Alors, quel est votre numéro de téléphone (regard entendu…) ?

  4. V pour Vulgarité : Spontanément : Il y a une longue liste de femmes prêtes à m’épouser. Je peux même vous dire pourquoi : Tout d’abord, je suis sympa, j’ai du blé, ça se sait, ensuite, la légende dit que je sais m’y prendre (regard entendu…), enfin, elles se disent que je suis vieux, que je vais mourir et qu’elles vont hériter !

  5. I pour Infamie : Spontanément : Qui connaît la blague sur Hitler ? Personne ? Alors, je vous la raconte, parce qu’elle est magnifique. Peu après sa mort, les partisans d’Hitler apprennent qu’en réalité il est toujours vivant et finissent par le retrouver. Führer, la démocratie a failli, disent-ils, tu dois revenir au pouvoir. Il commence par refuser, puis, sur l’insistance des siens, il accepte. Je reviens à une seule condition, avertit-il toutefois, cette fois on sera vraiment méchants (regard idiot…) !

Fin de l’Histoire.

#Berlusconi

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