<i>Les amis du Caffé Aragno</i> a 70 ans


… Rome, Via del Corso, octobre 1930. Au dehors la pluie, tiède, fine et serrée. Peu à peu, le Caffé Aragno se remplit. Le peintre Oppo vient de quitter son atelier, il s’attable près de son collègue, le peintre Spadini, qui ne sort jamais sans son écharpe et son bâton… à qui il a donné le doux nom de Gelsomino… Aussitôt, il est question de futurisme, de classicisme, d’expressionisme, de retour à l’ordre… artistique et politique… Mais voici qu’arrivent Vincenzo Cardarelli, Barilli et Antonio Baldini, qui étrenne le premier exemplaire de la revue La Ronda avec, sur la couverture, un tambour dessiné par Spadini…  Ils marquent une halte à la table de Moravia – il vient d’achever Les indifférents… Notre classicisme est métaphorique, entame d’une voix de stentor l’épais Cardarelli, il s’agit de réaliser de nouvelles élégances, de perpétuer insensiblement la tradition de notre art national, c’est cela être moderne, mon cher Alberto, moderne à la manière italienne, s’entend, sans expatrier notre propos… Soudain, ils rapprochent leurs têtes l’une de l’autre… de quoi peuvent-ils bien parler à voix basse, comme des conjurés ?…  Du Duce ?… Non, plutôt de Leopardi, oui, probablement de Leopardi…O patria mia, vedo le mura e gli archi – E le colonne e i simulacri e l’erme…Et voici que là-bas, derrière l’écran de fumée bleutée tempête, le doigt levé, le chapeau rejeté sur la nuque, le grand Filippo-Tommaso Marinetti, le pape du futurisme… et juste derrière lui Bragaglia et ses moustaches en virgule…sans doute vient-il annoncer l’ouverture prochaine du Théâtre des Indépendants avec, paraît-il, une splendide nouveauté de Pirandello… qui vient précisément d’entrer à son tour, en compagnie d’Ungaretti… M’illumino d’immenso…  M’illumino d’immenso…

Posts récents

Voir tout

NOUVEAU SITE

Cela fait de longues années que ce blog n’a pas été mis à jour. Non que ce soit une obligation ; mais là, vraiment, il était temps. Il n’y aura plus de nouveaux articles sur ce site. Je vous invite à

michaël, l’espiègle

Dans une belle lettre d’adieu à son coéquipier Michael Goolaerts, le triple champion du monde de cyclo-cross Wout Van Aert écrit qu’il ne faudra jamais oublier Michael, ce gars espiègle avec son étern

Anvers et contre tout

Anvers est loin de Vérone. Sous le balcon de Juliette, l’histoire d’amour était dramatique mais simple. Dans la métropole pluvieuse, la tragédie a tourné au Grand-Guignol. La Belgique est une terre de