Identité belge ?

On sait les controverses que suscite en France le fameux débat, voulu par Nicolas Sarkozy, sur «l’identité nationale». Le Président français a confié à une personnalité aussi discutable qu’Eric Besson les portefeuilles de l’Immigration, de l’Intégration et de l’Identité nationale (sans oublier celui du Développement solidaire) ; la confusion des portefeuilles confirme celle qui prévaut à un débat dont les finalités sont avant tout électoralistes et traduisent toute l’ambiguïté de la politique de Sarkozy.

Que donnerait un tel débat dans notre pays, qui, depuis 1830, recherche en vain – mais souvent avec humour – ce qui pourrait fonder notre «identité nationale» ? La «race» belge semble aussi artificielle et insipide que le «bleu-blanc-belge», et les Belges que vantaient César ont disparu depuis l’Antiquité. Aucun politicien n’oserait sérieusement lancer une telle discussion. Au contraire, chacun dans sa communauté et sa région cherche désormais à définir ce qui constitue son identité régionale ou communautaire. Est-il possible, même à une petite échelle, de définir une identité ouverte et dynamique, à l’aise dans le monde ? Titillé par la récente controverse du carton d’invitation de la Flanders House de New York, j’ai eu la curiosité d’aller voir comment les sites Internet de nos institutions présentent notre pays et ce qui pourrait être notre «identité», et surtout (puisque c’était le cœur du débat par rapport à ce carton) comment ils définissent les rapports entre les communautés. Fondamentalement, les trois sites des Institutions néerlandophones et francophones sont similaires : Communauté française et Région wallonne aussi bien que le portail unique de la Flandre présentent les services propres à leurs administrés. Ils se distinguent cependant par ce qu’ils offrent aux usagers de l’autre langue : les onglets pour les autres langues existent sur le site de la CFWB mais sont inactifs; sur le site wallon, ils se limitent à offrir quelques pages de «découverte de la Wallonie», tandis que sur le site de la Flandre, ils ouvrent à un site complet très riche, offrant une foule d’informations, y compris les pages actualités de la VRT en français (on ne trouve pas l’équivalent sur la RTBF). Notons qu’aucun de ces sites ne renvoie (ou alors, c’est bien caché) aux sites de l’autre communauté. C’est un choix justifié, mais qui aurait pu être différent. Regardons maintenant l’histoire et les cartes. La CFWB présente trois cartes très claires de la Belgique, présentant les régions et les communautés. Il en va de même sur wallonie.be, mais les cartes sont moins claires et moins didactiques. Sur vlaanderen.be, la seule carte que l’on trouve rapidement est celle de la Flandre seule. La Flandre se définit géographiquement comme une région comprise entre les Pays-Bas et la France, en précisant (dans le texte, pas sur la carte) qu’elle est la partie septentrionale de la Belgique. Objectivement, ce n’est pas faux; il y a une frontière commune au sud-ouest. Notons que Flanders House persiste dans ses lapsus : pour ce site, la Belgique a trois régions, mais seulement deux communautés (exit les germanophones). Aucun site francophone ne prétend que la Wallonie est une région située entre la France et les Pays-Bas, alors qu’il y a aussi une (petite) frontière commune au nord-est. De chaque côté, on retrouve la référence à l’Antiquité : nous fûmes, aux confins de l’Empire romain, la zone de «glacis» où Rome essaya de contenir les Germains… Faut-il croire que nous sommes toujours déterminés par cette lointaine Histoire, alors même que les Francs (germains) ont créé… la France ? Que retire-t-on de ce rapide inventaire ? Chaque site présente les forces de sa région et ce qui, dans l’histoire, permet de dessiner les contours d’une identité à la fois forte et ouverte, conviviale et dynamique. C’est appréciable. L’Europe offre sans doute la possibilité d’une nouvelle kermesse héroïque. Au contraire de la France qui fige l’identité nationale comme un replis identitaire, les «Belges», malgré (ou grâce à) la fédéralisation, conservent cette ouverture qui finira peut-être un jour à définir leur véritable identité. Sauf que cette ouverture ne semble pas également concerner le voisin le plus proche, et que de ce point de vue, les francophones ont un gros effort à fournir…

#Belgique #Identiténationale

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