Ik ben moe

Ik ben moe… Que peut-on encore écrire, que doit-on encore penser ? Pour mettre de l’ordre, je vais noter dans deux colonnes ce qui me semble négatif et positif (en espérant avoir de quoi remplir la seconde colonne).

Le négatif…

Après ma précédente chronique, j’ai reçu un mail (en néerlandais) d’un lecteur qui me disait le plaisir qu’il avait eu à lire cette parabole du bouchon de vin, jusqu’à ce qu’il découvre, horreur !, que mon texte avait été traduit du français. La tristesse avait pris le dessus ; je n’étais même pas capable d’écrire un article en néerlandais.

À ses yeux, cela confirmait cette déclaration d’un lecteur du forum du Soir, selon laquelle une majorité de jeunes francophones choisissent l’anglais comme seconde langue à l’école, au lieu du néerlandais. A quoi je lui avais répondu (en néerlandais) que, primo, je ne connaissais aucun francophone qui avait choisi l’anglais comme seconde langue, d’abord parce que ce n’est quasiment pas possible (il faut prendre en humanité la même langue qu’en primaire, et la quasi-totalité des écoles primaires n’enseignent que le néerlandais comme seconde langue), ensuite parce que les jeunes francophones sont convaincus de la nécessité d’apprendre le néerlandais. Et puis, en tant qu’écrivain, j’attache beaucoup d’importance à la juste expression de ma pensée ; j’aurais pu l’écrire en néerlandais, mais je n’aurais pas été assez précis et la correction de mes fautes aurait pris autant de temps que la traduction. Somme toute, une idiotie dans n’importe quelle langue reste une idiotie, alors qu’il est heureux que la traduction nous permette de savourer Brijs, Hemmerechts, Claus en français ! Dois-je dire que je n’ai reçu aucune réaction à ma réponse, pourtant écrite dans la langue de mon interlocuteur ?

La semaine suivante, un ami d’origine anglaise, qui a épousé une Française et vit à Anvers, parfait trilingue, me racontait que, au club de golf où il retrouvait des amis avec lesquels il discutait en français, un serveur est venu leur demander de parler néerlandais, requête qu’il se garda bien d’adresser à d’autres clients anglophones.

Un ami flamand m’explique que le vote majoritaire pour la NVA, ainsi que de telles attitudes, sont la conséquence de l’arrogance des francophones, qui pendant des décennies, se sont offerts le luxe, puisqu’ils ne pouvaient pas espérer décrocher un poste de premier ministre, de bloquer toute évolution politique importante, et qui se conduisent en Flandre comme en territoire colonisé. Je suis d’accord sur le premier point, je l’ai déjà écrit ; pour le second, je suis convaincu que cette situation n’est plus d’actualité et que les mentalités ont considérablement évolué. Ce qui est malheureusement vrai, c’est qu’en cas de scission du pays, le néerlandais serait abandonné au Sud au profit de l’anglais, et réciproquement sans doute.

Essayons d’être positifs. Dans la presse flamande, un professeur invitait Bart De Wever à réfléchir à l’exemple du Burundi, où des Hutus et des Tutsis avaient trouvé des solutions pacifiques, efficaces et démocratiques pour mettre un terme à un conflit meurtrier et relancer leur pays. C’est vrai que chez nous, le sang n’a jamais coulé, alors qu’il y aurait de quoi déclencher, n’importe où ailleurs, un conflit majeur et un génocide meurtrier – même si la Belgique a sa part historique de responsabilité dans les massacres africains. Un chroniqueur sur la RTBF disait que les pays qui parlent de scission sont ceux qui ne le font jamais, comme dans les couples en divorce, parce qu’on prend le temps de peser le pour et le contre, et que ce dernier pèse toujours plus lourd. Enfin, de mauvais esprits pourraient faire remarquer que la Flandre pourrait bientôt avoir besoin de la solidarité, avec le déclin de l’industrie sur laquelle elle a construit sa fortune.

Ce qui est sûr, c’est qu’aussi longtemps qu’on restera bloqués sur les préjugés, on n’avancera pas. Tant que le Nord verra le Sud comme un ramassis de fainéants assistés, tant que le Sud verra le Nord comme un club de privilégiés égoïstes… Nous sommes pourtant bien loin du Burundi et je ne veux pas croire que cette comparaison soit raisonnable…

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