Il n’a donc rien vu venir…


Cette déconnexion de la réalité expliquerait dès lors le caractère absurde des leçons que tire l’ancien futur premier ministre italien du désastre électoral. « Il nous faut écouter le message des urnes », nous dit-il. Puis il ajoute sans rire : « Pour sortir le pays de l’ornière, nous devons mener des réformes institutionnelles fortes, prendre des mesures en matière de moralité publique, défendre les catégories les plus touchées par la crise, mener une politique visant à favoriser le travail, payer la dette de l’Etat vis-à-vis des entreprises, supprimer la hausse de la TVA.» Mais comment expliquer un tel décalage entre le message de celui qui aurait pu être amené à diriger le pays et sa population ? Car, au fond, ces requêtes n’avaient-elles pas été exprimées par les deux millions huit cent mille personnes qui ont participé, physiquement et via le net, à la manifestation de ras-le-bol organisée par Beppe Grillo à Turin en 2008 ? N’était-ce pas, déjà, les conclusions des débats programmatiques citoyens menés par le Mouvement Cinq Etoiles six mois plus tôt ?

Au lieu de diaboliser le comique génois, de le comparer, comme l’on fait plusieurs ténors du Parti démocrate, à Mussolini, Hitler ou Goebbels, n’eut-il pas été préférable d’ouvrir bien grandes les écoutilles et de répondre à la souffrance des Italiens par des actions concrètes ? Et plutôt que de concourir à la confiscation du débat public pour voter sans sourciller, comme un étudiant craignant la réprimande, l’ensemble des mesures rigoristes du gouvernement Monti, non adéquatement compensées pour les catégories plus faibles, n’eut-il pas été préférable de rendre la parole au peuple en novembre 2011, par la voie des urnes, comme beaucoup d’analystes, dont j’étais, le préconisait ? La BCE venait pourtant d’acheter cent milliards de bons d’état italiens pour calmer les marchés. Ces derniers n’auraient-ils pas été à même de patienter deux mois, le temps du scrutin, pour doter le pays d’une majorité politiquement stable qui, à n’en pas douter, aurait alors été de centre-gauche ? Et pourquoi, en tant que parti de gauche, ne pas s’être opposé aux mesures inflationnistes comme la hausse de la TVA sur l’énergie et les produits alimentaires qui ont dramatiquement mis à mal le pouvoir d’achat des Italiens ? Pourquoi ne pas l’avoir fait lorsque huit cent cinquante mille familles italiennes ont introduit une demande d’étalement du paiement des factures d’énergie ?

Pourquoi ne pas avoir exigé la réforme d’une architecture institutionnelle et politique au coût exorbitant, dont on sait par ailleurs l’inefficience et la collusion affairiste dans plusieurs régions géographiques du pays ? Pourquoi ne pas avoir réclamé, quitte à se démettre tout en expliquant les raisons de la démission comme le fera (fallacieusement) Silvio Berlusconi quelques mois plus tard, des mesures compensatoires en termes de croissance pour relancer le marché de l’emploi ? C’est en grande partie pour ces raison (et bien d’autres encore, mais là n’est pas le propos) que le Mouvement Cinq Etoiles a réalisé des scores exceptionnels dans les régions les plus touchées par la crise économique, les  Pouilles, la Basilicate, la Calabre, les Abruzzes, qu’il a doublé son score en Sicile et dans les villes où il est aux commandes. Et tout cela sans même que le principal artisan de ce triomphe ne s’en soit rendu compte. A écouter M. Bersani, et à travers lui tout le centre-gauche, il nous vient l’envie de paraphraser La Boétie : Ils échouent si bien et si volontiers qu’ils ne semblent pas avoir perdu la bataille mais gagné leur défaite.

#élections #Italie #Bersani #Grillo #Monti

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