Ils eurent la tête tranchée


En reprenant, comme titre de son premier livre – pas tout à fait un roman, d’ailleurs le mot n’apparaît pas en couverture, une fois n’est pas coutume -, la première partie de la célèbre phrase lancée par Danton au pied de l’échafaud à l’adresse du bourreau Sanson, « Tu montreras ma tête au peuple », complétée d’un bravache et désespéré «Elle en vaut la peine», François-Henri Désérable se dévoile: c’est de têtes tranchées par la guillotine durant la Révolution française qu’il sera question à travers les dix textes qui composent le volume. Celle de Charlotte Corday, pour avoir assassiné Marat dans sa baignoire, de Marie-Antoinette, rebaptisée «la grue» ou «véto femelle» par le Père Duchesne, celles des Girondins, de Lavoisier, «le plus grand esprit français du siècle», parce que «la République n’a pas besoin de savants ni de chimistes», du poète André Chénier, du philosophe allemand naturalisé français Adam Lux, et finalement de Robespierre dont les dernières vingt-quatre heures sont retracées par le gendarme Merda qui, d’un coup de pistolet, lui a transpercé la mâchoire. Apparaît même un personnage de fiction, le marquis de Lantenac, contre-révolutionnaire vendéen héros de Quatre-Vingt-Treize d’Hugo, ainsi que le petit-fils de Sanson. Ce livre est doublement réussi. Par sa dimension historique, l’auteur se montrant fidèle à la réalité, même lorsqu’il fait parler ou penser ses personnages, la majorité des textes étant écrits à la première personne – c’est par exemple Danton lui-même qui raconte son trajet de la prison à la Place de la Révolution où s’élève le «rasoir national». Et par sa qualité littéraire. Mêlant avec brio différents types d’écritures, Désérable témoigne d’un travail sur la langue qui laisse augurer une belle œuvre à venir.

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