Impasse ou triomphe de la fiction ?


Dans son très remarqué HHhH, au titre malicieusement énigmatique, Laurent Binet, dans le sillage du remarquable livre de Bruno Tessarech, Les sentinelles (Grasset, 2009), questionne le rapport étroit et complexe qui lie l’Histoire et la fiction. Le projet de Binet : écrire un “roman” sur Heydrich, le plus impitoyable des bourreaux de Hitler, mais un roman qui serait le plus “réel” possible. D’où un jeu incessant sur les codes romanesques, par lequel l’auteur prétend ne pas écrire de roman – tout est vrai et vérifié –, alors qu’il ne fait rien d’autre. C’est intéressant, intelligent et instructif. Comme le sont – et quoi que feigne de défendre Binet – tous les grands romans. Car la “réalité” d’un événement est toujours hors de portée; elle ne peut nous être transmise que pas une fiction – ce que confirme Semprun dans “L’écriture ou la vie”. Ajoutons à cela que celui-ci apporte un ingrédient indispensable : une vraie qualité d’écriture. Histoire de montrer, une fois encore, l’incroyable supériorité de la fiction sur le discours historique !