Indémodable Gil Jourdan

Le Hutois

En 1949, Tillieux crée Felix dans le magazine Héroïc-Album. Ce journaliste à lunettes forme un trio avec Allume-Gaz, représentant de ces ustenciles, et Cabarez, inspecteur de la police chilienne. Or en 1956, Héroïc-Album disparaît et le dessinateur passe chez Spirou où, ne pouvant reprendre son héros, il en crée un nouveau qui en est largement inspiré, Gil Jourdan. On retrouve également un trio où le personnage, devenu détective, est entourré de de  Libellule, un ancien truand roi du gag à deux balles, et de Crouton, un inspecteur français passablement acariâtre, auxquels s’ajoute Queue-de-Cerise, la très finaude secrétaire de Gil.

De 1985 à 1989, Dupuis a réuni dans six intégrales l’ensemble des enquêtes du détective (les seize albums parus plus des courtes histoires et des contes), enrichies d’aventures mettant en scène d’autres créations de Tillieux, Bob Slide et Marc Jaguar – ensemble complété par deux volumes consacrés à César et Ernestine. Aujourd’hui, le même éditeur relance, dans de nouveaux albums, cette Intégrale prévue en quatre volumes. Le premier, qui vient de paraître, reprend les quatre premiers épisodes:  Libéllule s’évade, Popaïne et vieux tableaux, La Voiture immergée et Les Cargos du crépuscule. Pour la petite histoire, comme le rappelle Jean-Louis Bocquet dans son introduction, « cocaïne » est devenu « popaïne » à cause de la censuire française – alors que l’éditeur est belge et que cet épisode, comme le précédent, ont été interdits en France jusqu’en 1971 pour « irrespect envers la police »!

Ceux qui connaissent la série, par exemple parce qu’ils l’ont dévorée enfant ou adolescent, la retrouveront avec un bonheur joliment nostalgique – car la BD est d’abord une affaire d’enfance, mais c’est un autre débat. Les autres découvriront l’une des merveilles du 9e art, par l’intelligence des scénarios, la cocasserie des personnages et la finesse des dialogues.