"Je te rembourse lundi"



Cela fait des années que ce sticker habille le mobilier urbain. Un visage pas très frais – un lendemain de la veille ? –, une tête à claques, celle d’un jeune homme, la vingtaine, les cheveux bouclés et cette promesse : « Je te rembourse lundi ». Sur les boîtes aux lettres, les poubelles, les panneaux de signalisation routière, les abribus, les poteaux des feux de circulation, les volets baissés, les bancs publics, parfois jusque dans les rames de métro et les trams, la moindre surface un peu plane fait l’affaire. Mais le mystère reste entier, la légende urbaine entretenue. Quel message se cache derrière ce visage bouffi ? Les commentaires vont bon train sur la toile. On aurait vu le sticker à Bruxelles, mais aussi un peu partout en Belgique. Certains affirment même l’avoir vu à l’étranger, à Paris, à Berlin, à Londres, à Amsterdam, à Bucarest… Un gourou ou alors un malfrat. Un coup de pub ou un coup dans l’eau. Quelqu'un en manque de lumière, en recherche de reconnaissance. Depuis quelques mois, il semble reprendre des forces, il réapparaît çà et là, inchangé, toujours plus narquois, avec insistance, comme pour se rappeler à notre bon souvenir. Ou alors n’est-ce qu’un leurre ? Une impression induite par la déambulation lente dans les rues, un souci du détail, un regard plus aiguisé qu’autrefois sur l’anodin, sur des vieilleries collées à notre quotidien ? À y regarder de plus près, on connaît tous un de ces gars (ou du moins on en a connu un), qui promet de nous rembourser demain, peut-être,… lundi. Combien de kilomètres de sandwichs offerts à de tels suceurs ? Combien de kilomètres de spaghettis ? Combien de piscines olympiques pleines de bière ? Parce que tout semble indiquer qu’il est question de se faire avoir, d’être trop gentil, de se coucher, d’offrir ses surfaces planes à l’autocollant, à ce « pote » qui s’incruste pour une bouffe, pour un verre, mais sans une tune, avec un chèque en bois. Il gratte, il se bourre de tout et nous soûle. Il énerve tant qu’on serait tenté de lui en payer un dernier pour la route, pour ne plus jamais le voir, pour ne plus jamais envisager un début de semaine avec lui. Lundi, promis !

www.marcmeganck.be


165 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout

21 comme si on y etait

21 a commencé dans une joyeuse effervescence avec l’installation du président Biden (et de la vice-présidente Kamala Harris) et la mise à feu de la campagne de vaccination. Deux fléaux allaient dispar

adieu monde cruel!

Une enquête vient d’être ouverte en France après l’effacement des comptes en crypto-monnaie des fonds confiés par des investisseurs à un gestionnaire de fortune. Une seconde a suffi pour que toutes le

le monde invisible d'après

L’histoire de l’art contemporain a bousculé bien des certitudes et fait voler en éclats les lois de l’esthétique, du bon goût et même du mauvais. Après la vespasienne de Marcel Duchamp, les monochrome