Jean-Luc Godard en héros d’Anne Wiazemsky

Un an après, d’Anne Wiazemsky, Gallimard, 202 pages, 17,90 €


Le sous-titre aurait pu être «Godard en Mai 68», ou encore, plus précisément, «Comment les événements de Mai 68 ont changé la vision de Godard sur le cinéma». D’emblée, le réalisateur de Pierrot le fou, à l’image très contrastée – il est a fois adulé et rejeté par les jeunes manifestants et par ses pairs réunis lors d’assemblées houleuses (auxquelles Truffaut refuse d’assister afin de n’être pas assis à côté de réalisateurs qu’il n’estime pas) -, rejoint la lutte des étudiants, avant d’épouser la cause des ouvriers, faisant même preuve d’un réel courage physique lors des échauffourées, toujours prêt à en découvre avec les CRS (sauf lorsqu’à deux reprises, il casse ses lunettes, devenant alors totalement miro).

Une radicalisation qui ne va pas sans poser de problèmes à elle qui est en train de tourner La Bande à Bonnot de Fourastié (avec Brel dont elle fait un drôle de portrait), avant d’être embauchée (à condition de ne pas poser nue) par Bertolucci, Ferreri, Carmelo Bene et Pasolini (avec qui elle a déjà tourné Théorème). Tourmenté et insaisissable, profondément paradoxal, Godard apparaît injuste, odieux, méprisant, buté, de mauvaise foi, etc., avec ces réalisateurs, dont certains l’admirent pourtant, comme il peut d’ailleurs l’être avec leurs amis, le couple Rosier-Bambam ou Michel Cournot, critique du Nouvel Observateur dont le film Les Gauloises bleues est sélectionné à Cannes (mais ne sera pas projeté, le festival étant arrêté par Godard et d’autres agrippés aux rideaux).