Ker, un éditeur sachant éditer


Deux romans parmi mes préférés cette année ont paru sous ce label. Guerre sainte marque une entrée tonitruante en littérature du Belge Bertrand Scholtus, passé par CLéA, une compagnie de lecteurs qui relit des manuscrits. Le point de départ est aussi singulier que casse-gueule : en 1529, Soliman le Magnifique s’est emparé de Vienne et les Ottomans ont conquis l’Europe centrale. Dès lors, aujourd’hui, une partie de notre continent, tout comme les Proche et Moyen Orients, sont islamisés. Le Sultan Mehmet XI règne en souverain constitutionnel et démocratique sur un empire pacifié, devenu une puissance technologique, militaire et commerciale exceptionnelle. Bref, tout irait pour le mieux si des chrétiens fondamentalistes ne venaient ensanglanter cet havre de paix et de liberté. Ils commettent des attentats terriblement meurtriers dans ses principaux centres névralgiques, comme Bagdad ou Le Caire, dénonçant un régime « athée », trop libéral et tolérant, aux mœurs dissolues, etc.


Au-delà de son intensité dramatique, ce qui fait le prix de Guerre sainte est sa rigueur. Rigueur dans la peinture d’un monde à situation totalement renversée par rapport au nôtre, et où la Turquie tient le rôle d’arbitre (très partial), tant pour ce qui est du djihadisme, de la situation des musulmans chez nous, du sort misérable dans lequel sont laissés un certain nombre d’entre eux, que du conflit israélo-palestinien. Rigueur aussi dans l’écriture fourmillant de termes et d’expressions arabo-turques. Rigueur, enfin, dans la subtilité des situations mises en scène et de la psychologie des multiples personnages qui se croisent. Voici un roman extrêmement prenant qu’une fois terminé on a envie de prêter (ou d’offrir) pour pouvoir partager son enthousiasme.



Xavier Vanvaerenbergh aime le genre de la nouvelle. Il a publié deux recueils collectifs et thématiques, l’un et l’autre remarquables : Le Peuple des Lumières, autour du fondamentalisme, du droit des femmes, etc., et L’heure du leurre, à propos du populisme. C’est lui aussi qui édite la revue trimestrielle Marginales dirigée par Jacques De Decker et Jean Jauniaux et réunissant, dans chaque livraison, une vingtaine de plumes belges. Dans le numéro 296, Micro, Macro, Macron, se côtoient Anatole Atlas, Michel Torrekens, Alain Dartevelle, Corinne Hoex, Philippe Remy-Wilquin, Daniel Simon, Françoise Pirart, etc.

Celle de Vincent Engel n’est pas toujours la même au fil des nouvelles reliées entre elles par deux amis, Elio l’électricien montois et Bart le vendeur de gaufres anversois. Ici, la Wallonie est riche et la Flandre rétrécie suite à la montée des eaux. Le pays a connu une guerre civile avortée en 2015, fomentée par dix dirigeants de banque qui ont échoué à prendre le pouvoir.