L’écriture du monde, François Taillandier, Stock, 288 pages


Si vous avez envie de plonger au cœur du VIe siècle de notre ère, entre la cour de Ravenne et celle de Constantinople, et découvrir ou redécouvrir les grands hommes qui ont participé à l’histoire de cette époque :  Bélisaire, Vitigès, Totila (chef des Ostrogoths), Récarède (roi des Wisigoths)  ou Autharis (roi des Lombards) – un vivier où puiseront sûrement les jeunes parents en mal de prénoms exotiques pour leurs bambins -, n’hésitez pas : ce livre est pour vous, L’écriture du monde de François Taillandier paru chez Stock. L’auteur s’intéresse à deux personnages oubliés de l’histoire : Cassiodore et Théolinda (de son vrai nom, Théodelinde de Bavière).

Au travers de ces deux figures emblématiques, le roman permet de mieux comprendre une époque tumultueuse qui voit la destitution du dernier empereur romain d’Occident par Odoacre, roi des Hérules. Le lecteur perçoit rapidement les nombreux enjeux qui découlent des relations entre l’Orient et l’Occident mais aussi ce qui se joue entre le christianisme qui doit trouver ses marques et d’autres croyances qui ont pignon sur rue. Une époque méconnue et agitée qui d’une certaine manière a contribué à façonner l’Europe d’aujourd’hui.

Dans la première partie du livre, on suit la vie de Magnus Aurelius Cassiodorus, aristocrate latin, conseiller de Théodoric Le Grand. Il passera sa vie à œuvrer pour maintenir la paix en Occident et pour empêcher la culture gréco-latine de sombrer face à l’essor du christianisme. Après une conversion tardive, Cassiodore fondra le monastère de Vivarium, un centre de première importance dans la transmission de nombreux écrits liturgiques et païens.

Dans la seconde partie du roman, François Taillandier se penche sur le personnage de Théolinda, une femme intelligente et téméraire qui à 17 ans décide d’épouser Autharis, roi des Lombards alors qu’elle est promise par son père au roi franc mérovingien Childebert qu’elle rejette (elle a de la suite dans les idées, n’ayons pas peur de le dire…). Suite à la mort inopinée de son époux un an plus tard, elle épouse, comme le veut la coutume lombarde, le successeur de son premier mari, le roi Agilulf dont elle influencera la politique. À sa mort, elle prend le pouvoir en tant que régente (de 616 à 627) et jouera un rôle majeur de pacification dans les régions qu’elle administre.

À la fin de cet ambitieux roman, l’auteur ne peut s’empêcher de mettre en parallèle deux éléments importants de notre civilisation, qui vont se succéder à 150 ans d’intervalle: d’une part, à partir de 476, la montée irrépressible du christianisme face au déclin de l’empire romain (sujet même du livre)  et d’autre part, en 630, l’arrivée de Mahomet à La Mecque où il impose le culte exclusif d’Allah. Deux des grandes religions monothéistes sont nées et sont appelées à gouverner une partie du monde. Sachez que François Taillandier prépare un second opus consacré cette fois à l’Islam. Rendez-vous pris.