L’équivalence des valeurs


Les réactions les plus vives sont venues de l’étranger, notamment de l’American Gathering of Holocaust Survivors and their Descendents qui, après avoir qualifié l’application d’« insulte à la mémoire des victimes du nazisme et du fascisme », a demandé à Apple le retrait du produit de sa boutique online. Par contre, pour ce qui est de l’opinion publique italienne, les intellectuels, les médias, la classe politique, de droite comme de gauche, n’ont pas fait grand cas du phénomène. Peu d’articles de presse, peu ou pas de tribunes, aucune question parlementaire sur le sujet. Cette absence de débat public est d’autant plus interpellante si l’on tient compte de la sociologie des utilisateurs de l’application. Pour l’écrasante majorité, il ne peut en effet s’agir de chercheurs, d’historiens, ni encore moins de vieux nostalgiques du Duce ou d’anciens membres du MSI. Chacun sait que l’iPhone est le produit phare des surfeurs, des utilisateurs de Facebook, du Web 2.0. Et donc d’un public très largement constitué de post-adolescents, de jeunes adultes.

Dès lors, comment expliquer l’absence de réaction politique ? Pourquoi la société italienne ne s’est-elle pas appropriée du sujet ? Pourquoi n’en a-t-elle pas profité pour expliquer à ses enfants que la République est née en s’opposant à Mussolini, sur les cendres de la monarchie fasciste de Vittorio Emmanuele III ? Pour dire qu’après le 8 septembre 1943 des Italiens choisirent le camp du bien et d’autres celui du mal ? En d’autres termes, pourquoi cette indifférence pour les valeurs qui ont marqué la naissance de nos institutions démocratiques ?

Parce que l’Italie connaît une crise morale majeure. Parce que s’y est développée une conception de la politique dépourvue de principes éthiques et moraux forts, une politique avant tout préoccupée par l’immédiateté, par l’intérêt à court terme. Et le drame est que cette conception de la chose publique déteint immanquablement sur l’ensemble de la société. Sur la Cité. Comment expliquer autrement que plusieurs dizaines d’anciens fascistes ont été impunément élus députés et sénateurs ? Que l’un d’entre eux, Gianni Alemanno, est désormais le premier citoyen de la ville lumière ? Que son arrivée fut saluée dans les plus belles places romaines, sans que cela ne suscite de scandale, par des militants affichant fièrement le salut hitlérien ? Que Roberto Fiore, adorateur du Duce, chef revendiqué des Naziskins de Forza Nuova, fut une des têtes de liste de la majorité gouvernementale aux dernières élections européennes ? Que la petite-fille du Duce est une députée fort en vue de la majorité berlusconienne ? Tout cela ouvertement, au grand jour, sans honte et sans remords, entre l’apéritif et le café.

L’Italie berlusconienne connaît la forme la plus éhontée du cynisme politique, celle qui dérive de l’absence de principes moraux. Un de ses principaux faits d’arme est d’avoir prêché depuis son accession au pouvoir l’équivalence des valeurs. D’être parvenu à faire croire au plus grand nombre qu’un camp en vaut un autre, que tous les choix sont bons à faire. Cette manière d’agir est dangereuse. Et peut avoir des conséquences irréversibles. Dramatiquement irréversibles. Car le passé enseigne qu’une génération suffit à transformer durablement un peuple dont l’âme n’est plus guidée par la critique. Par la raison. Faisons donc preuve de vigilance.

#Mussolini

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