L’essentiel est invisible


Je n’ai pas l’habitude de vous parler d’essai ; mais quand je tombe sur un travail de cette qualité, je ne résiste pas. D’abord parce qu’il est magnifiquement bien écrit par un professeur de Columbia que l’on qualifie d’“artiste universitaire” – presque un oxymore. Ensuite, pour son sujet : que voient les aveugles – de naissance ou par accident ? Sacks nous fait pénétrer dans un monde extraordinaire – on croirait un roman de science-fiction – et nous explique comment les aveugles construisent des images mentales d’une précision étonnante, en utilisant les autres sens. C’est en quelque sorte un roman de survivant ; comment surmonter une épreuve et réapprendre à vivre dans un environnement d’abord hostile, jusqu’à ce qu’on l’apprivoise, par la seule force de notre cerveau. Lequel, décidément, n’a pas fini de nous étonner, et que les scientifiques ne sont pas près de décrypter entièrement ! Un essai éclairant qui se lit comme un roman.