La bataille de Mirafiori

Mirafiori, l’usine mythique, le cœur historique de Fiat et de l’industrie automobile italienne, Mirafiori, l’ancienne forteresse ouvrière, comme on disait de Renault en France ou de Cockerill chez nous, le lieu de tous les combats et de toutes les conquêtes du mouvement ouvrier durant le XXe siècle. Mirafiori, du nom de cette banlieue de Turin où Fiat est encore implanté aujourd’hui, est l’enjeu d’un conflit social majeur représentatif de que l’on appelait jadis la « lutte des classes » et pour laquelle on n’a pas encore trouvé d’autre qualificatif. Le patron de Fiat, Sergio Marchionne en plein exercice de restructuration de son entreprise mondialisée, a réussi à imposer un referendum sur un accord social qui prend l’allure d’un véritable chantage. Sergio Marchionne est clair et net : si l’accord qu’il a concocté est refusé, il fermera l’usine pour aller s’installer au Canada. Le contrat prévoit une plus grande flexibilité, une aggravation notable des conditions de travail et une limitation du droit de grève contre des investissements censés assurer la pérennité de l’entreprise. Dans le contexte actuel, la manœuvre est efficace. Elle a d’ailleurs provoqué la division syndicale : parmi les organisations traditionnelles, seuls les métallurgistes de la CGIL, la gauche syndicale, jadis hégémonique, s’oppose à cet accord et refuse ce diktat patronal. L’enjeu dépasse largement le seul sort des travailleurs de Fiat. La direction de la multinationale turinoise – qui considérait récemment que sans l’Italie, Fiat se porterait mieux –,veut du même coup casser le système des conventions nationales par secteur industriel en imposant des accords séparés pour chaque usine. De plus, dans ce cas, les organisations qui auront refusé l’accord n’auront plus de représentation syndicale. La manière la plus efficace d’affaiblir la solidarité du monde du travail. La méthode de ce capitalisme agressif n’est pas nouvelle et elle n’est pas propre à l’Italie. Elle s’affirme simplement avec plus d’éclat et de cynisme sous le couvert de la « modernisation » et de « l’adaptation » saluées hier encore par un Silvio Berlusconi adhérant,au chantage patronal de délocalisation. Le Parti Démocratique s’en indigne mais une partie du centre-gauche, de plus en plus au centre et de moins en moins à gauche, approuve lui aussi l’accord. Ce conflit passera sans doute inaperçu hors de la péninsule : il est pourtant hautement significatif du monde comme il va, là-bas comme ici…

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