La délicate et circulante délinquance, une resucée de l’été


Nous ne sommes pas des fous de la répression, de l’ordre et du doigt sur la couture du pantalon, mais un minimum de respect des règles facilite grandement la vie. Combien de voitures garées sur les trottoirs, les pistes cyclables ? Combien de dépassements non autorisés, de vitesses excessives ?

L’usager considère plus important de se prémunir contre les radars que de simplement respecter les limitations et quand il est pris, il crie au scandale, à la prévarication dont sont victimes les pauvres citoyens. Se sentant protégé, on se préoccupe peu alors de la protection des autres conducteurs. Une fausse impression de puissance, voire d’immortalité, pousse les propriétaires de grosses cylindrées à exploiter les capacités de leur véhicule à leur maximum, entre autres, en dépassant les vitesses autorisées. Ils peuvent en outre affirmer ne pas se rendre compte des risques pris : combien de fois n’a-t-on entendu dire un conducteur de voiture puissante qu’il ne s’était pas rendu compte qu’il roulait si vite.[1]

Nous pouvons nous poser des questions quand des citoyens se plaignent auprès de leurs édiles parce que leurs excès ont été sanctionnés, quand un responsable policier estime que placer des limitations n’est pas utile puisque l’on ne peut pas contrôler. Tout aussi préoccupante est cette invocation par les automobilistes de leur liberté bafouée par des contrôles toujours exagérément répressifs. Que dire aussi de cette dualité parentale : se plaindre de l’insécurité routière et ne pas respecter le 30 km/h à l’approche des écoles.

Mais qu’est-ce qui nous pousse à être à ce point méprisant (ou ignorant) pour les règles du code de la route ? Qu’est-ce qui nous autorise à dépasser, à se garer, là où c’est interdit ? Quel sentiment de supériorité nous habite quand nous estimons que bloquer la sortie d’un parking est un droit supérieur à celui qui veut en sortir ? Cela semble des détails, mais qui expriment la déliquescence de nos relations à autrui. Et ce n’est pas seulement une question de sécurité, au sens physique, mais également une question de convivialité lato sensu.

Le collectif « Calvin & Hobbes ».

PS. Citons en complément un extrait intéressant d’un rapport de l’Académie [française] des Sciences morales et politiques sur L’INSECURITE ROUTIERE daté de 2003.


Dans une politique de réduction des risques, ce genre d’élément mérite d’être analysé pour ensuite produire des campagnes qui, sans culpabiliser, jouent sur les cordes sensibles et les singularités. On peut ainsi poser la double hypothèse que la route induit des normes et des contre –normes qui lui sont propres, et qu’en outre elle peut révéler des modèles de pensée et de représentations qui dépassent son cadre strict et ont à voir avec la société dans son ensemble. « Le risque est le hasard d’encourir un mal avec l’espérance, si nous échappons, d’obtenir un bien », disait Condillac. Nul doute que les risques pris sur la route relèvent de la même logique. Encore est- il du devoir des pouvoirs publics et des différents acteurs de prévention d’inciter à modifier la perception par les conducteurs de la pertinence de certains risques, sans pour autant les faire se déplacer sur d’autres terrains ni annihiler dans tout domaine l’intérêt de la notion de risque : il ne s’agit en aucun cas de produire une société passive.[2]



[1] http://www.asmp.fr/travaux/gpw/route/route.pdf


[2] Idem

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