La famille version Grangé


La France possède quelques valeurs sûres sur le terrain du thriller – chacun mettra les noms qu’il préfère. Tel Jean-Christophe Grangé dont Miserere, notamment, m’avait fort impressionné. Cet homme qui dit avoir la violence et la cruauté en horreur s’en donne à cœur joie dans ses bouquins (ceci expliquant cela) et celui-ci, son onzième depuis 1994, ne déroge pas à la règle (pourtant les lecteurs de Frank Thilliez ne seront pas trop secoués). Lontano, qui compte près de huit cent pages, est le premier tome d’un diptyque (si la principale intrigue semble résolue d’autres mystères demeurent, la suite et fin paraît début 2016). Mais que ceux qui craignent de s’embarquer dans un voyage au long cours dont ils pourraient avoir du mal à voir le bout se rassurent: comme dans les bons thrillers et polars, il est difficile de l’abandonner en route (air connu) et on se surprend à tourner la dernière page sans s’être vraiment rendu compte du chemin parcouru.

Dans ce nouvel opus, l’auteur des Rivières pourpres affirme avoir voulu mettre en scène une famille. Tu parles: on n’est ni chez Janine Boissard, ni chez Frédérique Hébrard! On a bien un père, une mère, deux fils et une fille, mais non seulement ils se détestent tous avec plus ou moins de cordialité mais aucun d’entre eux n’est vraiment franc du collier. Grégoire Morvan, 67 ans, adore ses enfants et ferait tout pour eux. C’est son unique «faiblesse» et son seul côté «sympathique». Surnommé Le Fossoyeur, ce triste symbole de la Françafrique, considéré comme le «Pasqua de gauche», a jadis mis la main en Afrique sur un tueur en série surnommé « L’Homme-clou », ce qui lui a valu la reconnaissance éternelle de ses supérieurs. Il a dès lors traversé tous les présidents et gouvernements (il en sait trop, comme Hoover aux Etats-Unis) et est d’ailleurs toujours actif, il a son bureau Place Beauvau, au Ministère de l’Intérieur. Et, last but not least, il bat sa femme. Celle-ci, Maggie, est faussement soumise comme on finit par s’en rendre compte et elle est également dépositaire de certains secrets pas jolis-jolis. Loïc, le cadet, est une sorte de trader cocaïnomane, mais aussi bouddhiste, et la benjamine, Gaëlle, veut être actrice, peu importe dans quel genre de films, et est ravie à participer à des soirées très libertines, pourvu que ça emmerde son père.

Le seul à peu près normal est l’aîné, Erwan, né en Afrique (ce qui n’est pas anodin, comme on le découvrira) et devenu un flic irréprochable. C’est lui le héros du roman, envoyé en Bretagne pour un bizutage qui a mal tourné dans une école militaire. Un étudiant de première année, qui participait à ce rite initiatique ici particulièrement gratiné, a été retrouvé dans une ruine de l’autre côté d’un bras d’eau. Enfin, retrouvé… Son corps éparpillé façon puzzle, comme disait l’autre, l’armée se livrant justement cette nuit-là à un exercice de tir sur ce bâtiment abandonné. Evidemment, Erwan ne croit pas à cette version – sinon il n’y aurait pas de livre – et, en d’incessants allers-retours entre la côte bretonne et Paris, il ne va pas ménager sa sueur pour qu’éclate la vérité. Et pendant ce temps, son paternel tente de savoir qui veut faire une OPA sur les mines africaines de coltan dont il est copropriétaire.

#Grangé #Lontano