La grève

La grève est un droit fondamental. Parler, comme on a pu l’entendre la semaine dernière à propos de l’action des travailleurs de la SNCB, de “prise d’otage” est scandaleux. Que ce soit désagréable, sans aucun doute ; ce l’est aussi pour les travailleurs et les syndicats, puisque la grève est, en soi, un constat d’échec – échec du nécessaire dialogue entre tous les acteurs sociaux. Comme le rappelait Hugues Le Paige dans sa chronique à la RTBF, parler d’otage conduira bientôt à assimiler le syndicalisme au terrorisme. Sûr que certains politiciens populistes, de Berlusconi à Sarkozy, seraient ravis de cette évolution des mentalités ; mais c’est une injure à notre démocratie, qui a su construire des modalités de concertation sociale. D’autant que, pendant que se détricotent les droits sociaux, prolifère un nouveau capitalisme sans vergogne qui, quotidiennement, nous prend en otage pour nous imposer ses produits, ses modes de production et de consommation. Et gare à ceux qui oseraient dénoncer cette prise en otage et ce terrorisme de l’argent ! Cependant, comme tout droit, celui de grève impose des devoirs et une éthique. La même semaine, l’action des chauffeurs des TEC Charleroi constitue une honte absolue. Que les conditions de travail soient difficiles, nous le savons ; qu’il faille encore et toujours négocier pour améliorer la sécurité des chauffeurs et des passagers, c’est évident. Mais utiliser la grève pour tenter de couvrir un collègue qui s’est comporté de manière délictueuse et pour contester une décision de justice, ce n’est plus une attitude d’employés syndiqués, mais de mafieux. Notez que la mafia se présente comme une sorte de syndicat ; préserver les intérêts des amis, des membres, des proches. Faire régner la loi contre la Loi. Imposer une solidarité aveugle pour autant que le membre ne trahisse pas la “cosa nostra”. L’affaire de Charleroi ferait rire si, justement, elle ne se passait pas à Charleroi. Si elle n’était pas la énième péripétie d’une ville qui semble, de plus en plus, s’éloigner du droit et du sens communs. Si elle n’était pas la marque d’un mépris non seulement de la justice, mais aussi des travailleurs qui, comme ceux de la SNCB, ont tenté, quelques jours auparavant, de mener une action pour une cause juste. Pas une cause égoïste ; un enjeu qui concerne toute la société. On n’est certes pas obligé d’être d’accord avec les travailleurs de la SNCB en grève ; mais le débat est ouvert. Tandis que, dans l’affaire de Charleroi, on ne peut ressentir que de la gêne, sinon de la honte. Là, oui, il y a prise d’otage : et c’est le syndicalisme lui-même qui est pris en otage par ces employés qui se sont cachés derrière un vrai problème pour défendre une imposture.

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