La musique de l’amour


L’amour peut-il justifier les mensonges ? Tel pourrait être la question posée par ce beau roman, qui raconte l’ascension tardive d’une pianiste recluse, plus encore que Glenn Gould, luttant contre le cancer et enregistrant, pour la maison de disque de son mari, plus de 100 CD, tous salués par la critique. Jusqu’au jour où, après sa mort, on découvre la supercherie… Mais le fond du livre pourrait être aussi bien la crédulité de cette critique, prête à croire n’importe quoi pourvu que l’artiste ait une image – beauté et maladie tissant ici la plus plaisante des toiles où viennent se prendre tous ceux, lecteurs et journalistes, qui succombent aux strass de la starisation tous azimuts. Mais plus encore, cette “double vie” rappelle que “nous sommes tous des êtres de fiction” et que nous n’existons qu’à travers les récits que l’on échafaude à notre propos. Et que l’amour construit des vérités contre lesquelles la réalité est, heureusement, le plus souvent impuissante.