La nuit des longs couteaux

Demain matin, on vote. Et demain soir ? On s’étripe. Une fois les assesseurs rassasiés et les urnes bourrées (à moins que ce ne soit le contraire), sonne l’heure des comptes. Des règlements de compte. En coulisses et après le spectacle. Car on assistera d’abord au ballet des vaincus qui, la bouche en cul de poule, proclameront tous leur satisfaction, la mine candide: « Je ne m’attendais pas à ce que mon parti résiste aussi bien » ou « Regardez, nous avons même progressé dans le canton de Thuin ». Ceux qui auront vraiment pris un coup de boule s’écrieront encore : « Les sondages nous prédisaient un cataclysme; or, voyez, c’est juste une légère brise ». N’oublions pas non plus la formule : « Soyons clairs (!) En ces temps difficiles, c’est encore un miracle d’avoir reçu une telle confiance des électeurs que je remercie ». Mais les spots éteints et les journalistes disparus, commencera la nuit des longs couteaux. Ceux qui auront mené leurs partis à la défaite seront impitoyablement condamnés à la décapitation. Adieu, monde cruel ! Il n’y a pas de pitié en politique. Il n’y a que des vainqueurs et des morts. Si on s’étonne parfois du retour d’une ancienne gloire, on en parle comme d’un revenant. Dont la tentative de reprendre pied dans le monde des vivants est vouée à l’échec. On a vu le sort de Jean-Luc Dehaene quand il a osé agiter son suaire. Le Belge sortant du tombeau ? C’est de l’histoire ancienne. On imagine que les plus jeunes, déjà promis aux gémonies, s’accrocheront au bois de l’échafaud. Marianne Thyssen ou Alexander De Croo auront beau jeu de plaider qu’ils viennent à peine d’arriver et que leurs prédécesseurs leur avaient savonné la planche. Bénéficieront-ils du sursis ? Ce n’est pas sûr. On ne fait plus comme jadis de vieux os en politique. C’est comme sur les routes, on y meurt de plus en plus jeune. Qui se rappelle encore du sémillant Steve Steyvaert, qui n’a fait qu’un petit tour avant de disparaître ? De Maria Arena tué dans sa douche ? Ou de Daniel Ducarme que la décision de changer le nom du parti (le PD) a suffi à ébranler… Le sort du vainqueur est-il plus enviable ? Le soir même, c’est l’euphorie. Champagne (pour la boisson, on n’hésite pas à choisir le français) ! Mais, le bref moment de gloire passé, c’est déjà fini. Obligé de se mettre aux affaires, le vainqueur ne peut gérer que la déception de ses électeurs pour les promesses qu’il n’a pu tenir et celle de ses proches pour les postes qu’il ne peut leur offrir. Il se souviendra alors de l’avertissement lancé un jour par le francophone V. Horta à son collègue (et ennemi) flamand H. Van de Velde : « Prenez garde. Un jour, on est vedette. Le lendemain, cuvette de cabinet »…

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