La politique et l’absention

Au-delà des nombreux enseignements qu’il y aura à tirer du résultat du 2eme tour des régionales françaises dimanche soir, il convient de revenir sur la question de l’abstention.  Dans l’immédiat, elle concerne au premier chef  la France mais le phénomène est assez général : l’abstention a tendance à augmenter dans la plupart des pays démocratiques en Europe. Et puis, la question mérite d’être étudiée chez nous où certains rêvent de supprimer  le vote obligatoire. Dimanche dernier, au 1er tour des régionales l’abstention s’est donc élevée à 53,3 % du corps électoral. Ce sont 22 millions de français qui n’ont pas voté. C’est énorme. Il y a une première explication: la région est mal connue des français et pour la première fois ce scrutin n’était pas adossé à une autre élection locale ou nationale. Mais au-delà de ce constat général, il est difficile d’interpréter le sens de l’abstention. D’autant qu’il peut y en avoir plusieurs et mêmes contradictoires. L’abstention peut être indifférence ou refus global de la chose publique,  fruit à la fois de la crise du politique et de l’hyperindivualisme qui régente notre monde. Il est à noter qu’en France, dimanche dernier, la carte de l’abstention coïncidait d’une manière troublante avec celle du vote en faveur du Front National. Mais on peut aussi interpréter  l’abstention comme une manifestation de rejet de la politique gouvernementale. C’est  le cas pour une partie importante des abstentionnistes du 1er tour. Nicolas Sarkozy est l’objet d’un rejet de la part de son propre électorat. Pour différentes raisons : contradiction entre les discours volontaristes et l’absence d’actes pour faire face à la crise, politique d’ouverture mal reçue, réformes incomprises ou jugées injustes socialement. Et comme Nicolas Sarkozy a imposé la stratégie du parti unique de la droite dès le premier tour, les  électeurs de droite mécontents ne trouvaient pas d’espace politique, hors l’abstention. Dans ce cas l’abstention est bien un choix politique. Et le philosophe Marcel Gauchet évoquait à ce propos une « politisation négative » qui se manifeste en l’absence d’offre politique suffisante. Si l’on veut élargir le propos, notamment aux débats en cours chez nous, on doit bien considérer que tout ce qui favorise l’abstention creuse un peu plus le déficit démocratique. Dans ce sens, le droit de vote qui est aussi un devoir mérite de demeurer obligatoire.

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