La preuve par trois


Il y a quatorze ans, les studios d’animation Pixar, épaulés par Disney, créaient l’événement : le premier long-métrage entièrement réalisé en images de synthèse. Toy Story. Une histoire de jouets. Des jouets qui, en l’absence des humains, prennent vie. Woody, la poupée cow-boy, voit arriver un nouveau jouet à la mode (Buzz Lightyear, un ranger de l’Espace !) et craint de ne plus être aimé par son propriétaire, Andy. Les rivaux uniront pourtant leurs forces pour échapper à ce sale gamin de voisin qui torture les jouets… Le film est un triomphe, fait naître une concurrence (Dreamworks Animation passe alors aux pixels), et lance Pixar dans sa chevauchée fantastique. Le monde ignore encore que le studio produira une flopée de chefs-d’œuvre (Monsters, Inc., The Incredibles, WALL-E, Up, et j’en passe) et deviendra le maître absolu du film d’animation contemporain, mais il découvre déjà sa recette : une technique toujours plus évoluée et, surtout, une bonne histoire. « Les stars de nos films, ce sont les scénarios. », dit John Lasseter, patron de l’Empire. Toy Story 2, sorti il y a juste 10 ans, est un authentique chef-d’œuvre, une de leurs plus belles réussites. Il s’agit, avec Le Parrain 2 (et quelques rares autres cas), de la meilleure « suite » jamais réalisée. Dans ce deuxième opus, Woody se retrouve kidnappé par un collectionneur véreux, prêt à le vendre cher et vilain dans un musée japonais. Tandis que Buzz et toute la bande se coupe en quatre pour le sauver, Woody se découvre une famille et se voit confronté à un cruel dilemme qui le fera réfléchir sur le sens de sa vie. Cette aventure palpitante, émouvante et, bien sûr, hilarante de bout en bout était également truffée de références toutes aussi jouissives les unes que les autres.

Lors de l’annonce d’un nouvel épisode, je ne pouvais cacher ma crainte, mon incrédulité. L’opus 2 était trop parfait, il était intouchable. Un numéro 3 ? C’est pas le genre de la maison ! J’avais évidemment tort. Le premier sentiment qui envahit le spectateur lors de la scène d’ouverture (grandiose), c’est la joie immense de retrouver cette galerie de personnages tant aimés : Woody, Buzz, ZigZag, Rex, Bayonne, M. & Mme Patate… Et les retrouvailles sont comme une évidence. Cela tombe sous le sens dès les dix premières minutes : cette histoire n’était pas finie. Le sujet n’était pas encore épuisé. Dix ans ont (littéralement) passé, et Andy fait ses bagages pour l’université. Quel sort donner à ces jouets qui prennent la poussière au fond d’un coffre ? Un concours de circonstances les mènera dans une crèche. Un endroit, a priori, paradisiaque pour des jouets ! Mais c’est là que les ennuis commencent… En dire plus serait criminel. (Mieux vaut d’ailleurs en savoir le moins possible.) Les surprises de ce scénario, une fois de plus brillant, en seront d’autant plus fortes.

Certes, le schéma du scénario se rapproche beaucoup de celui des deux premiers épisodes, mais cela répond à un simple souci de cohérence. Rappelons que chez Pixar, nous avons une bonne idée à la minute : un éclat de rire, un rebondissement, un moment d’émotion. Les vingt dernières minutes sont simplement exceptionnelles et font partie de ce que Pixar a produit de plus beau, de plus fort. Sans trop vouloir dévoiler, deux climax s’enchaînent : le climax aventureux (digne des meilleurs thrillers d’action) puis le climax émotionnel, lors d’une scène déchirante qui dévoile le vrai cœur du film, ou mieux : celui de la trilogie entière.

C’est là que se situe sans doute la plus grande réussite de Toy Story 3 : il offre une conclusion parfaite (je dirais même idéale) à l’histoire entamée en 1996, et forme ainsi une trilogie d’une formidable cohérence. Notons au passage que, par souci de continuité, le réalisateur Lee Unkrich était déjà monteur du premier et co-réalisateur du deuxième. Pour ceux qui ont aimé le 1 et le 2, ce sera 3 fois plus de bonheur. Chez Pixar, le divertissement pur et dur n’occultera jamais la profondeur. Leurs films ont une âme et nous touchent en plein cœur. A travers l’exploration du sens de la vie des jouets, Toy Story 1 et 2 nous parlaient beaucoup de l’amitié. A ce thème s’ajoute cette fois la séparation, la transmission et la perte. La perte de notre enfance.

Toy Story 3 est une réussite exceptionnelle dont on ressort guilleret et vaguement mélancolique, le sourire jusque derrière les oreilles, des images plein la tête. Outre les nouveaux personnages (Ken, déjà culte), on ne compte plus les scènes d’anthologie, les gags prodigieux, les idées géniales… Petits et grands s’éclateront de bout en bout, jusqu’à l’épilogue du générique de fin, merveilleux.

Nous avons là, jusqu’à nouvel ordre, le meilleur film de l’année. Courez-y.

PS : La projection en 3D n’est pas indispensable. Très discrète (moins visible encore que dans Up), elle se remarque à peine et s’oublie vite.

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