La république du Mont Athos


© P. Pellizzari

Je reviens du Mont Athos (La Sainte Montagne). J’y allais pour faire un reportage photographique. Le Mont Athos, à la fois montagne et territoire, est une république indépendante de 70km de long et 40km de large, administrée par des moines orthodoxes (environ 2200 moines y vivent).

Territoire complètement bouclé, il faut pour y entrer un visa dont l’obtention prend du temps. On y accède principalement par bateau. Les femmes ainsi que tout animal de sexe féminin ne sont pas admis. Le visiteur ou le pèlerin y est reçu gracieusement (gîte et couvert) dans les vingt monastères de l’île. L’endroit est superbe, mais malgré cette beauté, j’en reviens avec une drôle d’impression. On y est accueilli comme de force, nourri et logé mais sans chaleur. Les interdits et les non-dits planent sur tous. Une autorité, une main de fer, érige les règles. Mono-culturel. De la tristesse plus que de la joie. Pas de compromis. Et la question se pose : pourquoi et comment ? Pourquoi l’Europe subsidie-t-elle ces lieux à coups de millions ? Pourquoi ne le ferait-elle pas ? A-t-on le droit d’exclure les femmes ? Pourquoi pas ? Pourquoi cette anomalie religieuse dans un monde aux droits universels ? Pourquoi pas ? Et comme seule réponse, cet écosystème hors du temps qui est là sans même défier les autres. Comme un étalon atemporel dans un monde qui change, il nous met en garde contre la modernité. Pas de pub, pas d’internet, peu de choix, une seule religion, pas de gaspillage, de la prière, pas de pollution, pas de new-age, ….