La Reine de Mai


En travaillant sur les archives du Foreign Office, Mme Bolech Cecchi a mis la main sur une lettre de grand intérêt historique, transmise à son gouvernement par Miles Lampson, ambassadeur anglais en Egypte à la fin des années trente et au début des années quarante. La missive du diplomate, proche par alliance de la famille royale italienne, fait état de la mise sur pied d’un complot qui devait se concrétiser au début du mois de juin 1940, quelques jours à peine avant la déclaration de guerre de l’Italie à la France et à la Grande-Bretagne, complot visant à renverser Benito Mussolini.

Le fait que le parti fasciste était divisé sur la question de l’entrée en guerre de l’Italie était de notoriété publique. Au même titre que les réticences de la Maison de Savoie, parfaitement consciente de l’état déliquescent de l’armée italienne et de l’impopularité d’une telle décision dans l’opinion publique. Mais la véritable information, la vraie surprise contenue par document en question concerne l’identité de l’instigateur, ou plutôt de l’instigatrice du complot – Marie-José Charlotte Sophie Amélie Henriette Gabrielle de Saxe-Cobourg-Gotha, née Marie-Josée de Belgique !

Fille du troisième roi des Belges, Albert Ier, et de la reine Elisabeth, mariée à Humbert II de Savoie, Prince de Piémont et héritier de la Couronne, Marie-Josée de Belgique fut la dernière reine d’Italie. Son règne ne dura toutefois guère plus d’un mois, précisément du 9 mai au 12 juin 1946, ce qui lui valut pour l’éternité le surnom de la Reine de Mai. Peu en grâce auprès de la famille royale transalpine, elle était connue pour ses idées progressistes, ses relations complices avec les mondes artistique et intellectuel, sa grande indépendance d’esprit. Ses prises de positions peu cordiales à l’encontre de la politique et même la personnalité de Mussolini, son aversion publiquement manifestée pour les lois raciales embarrassèrent plus d’une fois le protocole. A tel point que le Duce, excédé, déclara un jour qu’il réglerait à sa manière la succession au trône quand le problème se poserait, niant ainsi de facto le caractère automatique de l’avènement de Humbert II et de Marie-José au Palais du Quirinale.

Bref, le document de l’ambassadeur Miles Lampson, authentifié par les services compétents et corroboré par de nombreux témoignages, fait état de nombreuses réunions organisées par Marie-José de Belgique et auxquelles a pris part, notamment, le Chef d’Etat Major de l’Armée italienne, Pietro Badoglio, qui dirigera le gouvernement après la chute de Mussolini, en juillet 1943. Le complot, auquel devait également participer Arturo Bocchini, chef de la Police fasciste, prévoyait l’arrestation en bonne et due forme de Benito Mussolini, l’abdication du Roi Vittorio Emmanuele III et le renoncement au trône de Humbert II, l’époux de Marie-José, au profit de leur fils, alors en bas âge. Marie-José aurait dû assurer la régence jusqu’à sa majorité. Une série de dignitaires du régime, en opposition larvée depuis Dantzig avec la politique belliqueuse du Duce et du Führer, devaient être, semble-t-il, les fers de lance d’un nouvel exécutif dont la vocation première aurait été de remettre en cause de l’Axe germano-transalpin.

Le pire, pour l’Italie, aurait donc peut-être pu être évité. Mais l’appel de Marie-José de Belgique tomba dans le silence, comme coupé au couteau. Le complot échoua au dernier moment, sans autre forme d’explication que le renoncement de ses principaux instigateurs. Il semble que ni Pietro Badoglio, ni Arturo Bocchini, ni les gérarques fascistes, pourtant conscients du cataclysme qui allait inévitablement s’abattre sur leur pays et le reste de l’Europe, n’osèrent troquer les fastes et les privilèges que leur assurait le pouvoir du Prince contre l’incertitude d’un noble combat. Nous le disions, l’éclat furtif d’un rai de lumière dans une noirceur caverneuse.

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