La vérité, elles mentent

Une députée à l’Assemblée nationale dont l’histoire retiendra peut-être le nom si sa loi passe, eut alors une idée : il s’agirait d’obliger à indiquer en dessous de chaque image de mannequin publiée « photo retouchée » quand c’est le cas. Comme souvent, tout cela partait d’un bon sentiment : il s’agissait d’empêcher dames et damoiselles de souffrir de la comparaison entre leur miroir et les couvertures de leurs magazines qui vendent l’illusion de corps parfaits. Elle affirmait sans en apporter la moindre preuve que cela conduisait aux régimes forcenés, aux plus grosses désillusions, aux anorexies, bref une catastrophe nationale de plus. Or la députée avait elle-même usé sur ses affiches électorales du stratagème avec gommage photoshopique et peau lisse électronique, et elle se portait comme un charme, chacun pouvait s’en rendre compte en la voyant à la télé présenter son projet de loi. Dans un premier temps, la proposition fit ricaner dans les chaumières de France, de Navarre et d’ailleurs. L’élue du peuple montrait par là sa profonde méconnaissance du monde de la presse, de l’image et de l’art ; elle aurait en effet été prise infiniment plus au sérieux si elle avait concocté une loi disposant en son article unique : « Toute image qui n’a pas été manipulée doit obligatoirement porter la mention : photo non truquée ». Cela économiserait de l’encre, et serait donc dans l’air du temps, écologique, politique et correct. On s’avisa ensuite dans le pays que les dégâts collatéraux d’une telle règle seraient infiniment plus graves que de faire reprendre quelques kilos à l’image de nos mannequins : quoi ? on saurait désormais que le président avait des poignées d’amour comme tout le monde et que contrairement à une trompeuse perspective il n’était pas aussi grand que Barack Obama ? Quoi, on saurait que les plus belles femmes du monde ont des grains de beauté mal placés ? Que l’âge apporte des rides ? Que le tabac jaunit les dents ? Que la méchanceté met un pli amer à la bouche ? Une nouvelle exposition mit opportunément tout le monde d’accord : au Grand Palais, les femmes d’Auguste Renoir nous disaient que toute image, tout tableau, toute représentation est interprétation, et donc manipulation de la prétendue réalité. Du chef d’œuvre à la vulgaire pub, toutes les images mentent. Tout modèle photographié, dessiné ou peint est un modèle trahi, bref toute interprétation interprète la réalité. Madame la députée, je viens de retrouver votre nom : madame de la Palice. Jusqu’à mardi prochain.

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