Le chroniqueur chroniqué


Homme de caractère, Vandromme était un polémiste de talent, aimant débattre et n’hésitant jamais à écorcher les auteurs qu’il jugeait piètres. Cependant, pour avoir refusé de rejeter les écrivains de droite (parfois d’extrême droite), il s’est vu reprocher de partager leurs vues. Or pour lui on ne peut réduire un écrivain aux valeurs qu’il défend : l’homme peut se perdre dans une idéologie contestable et n’en être pas moins un grand auteur. Ainsi en parlant de Céline, il tente de remettre les choses à leur place : « La vie de Céline ne fut pas exemplaire. Aucune vie ne l’est, même si quelques-unes sont moins indignes que d’autres (…). Ce serait le plus vain du plus accablant des travaux d’Hercule que de vouloir faire coïncider le génie littéraire et la noblesse humaine ». Contrairement aux idées reçues, Vandromme ne s’est pas fait le chantre que d’écrivains de droite.

S’il fut journaliste (entre autres à l’hebdomadaire satirique bruxellois Pan), éditorialiste et romancier, il fut aussi un essayiste de talent comme le prouve Une famille d’écrivains. Dès les premières pages, l’aisance de sa plume et son franc-parler sautent aux yeux. Il passe en revue des auteurs comme Jean Giono, Montaigne, Marcel Aymé, Jérôme Garcin, Eric Fottorino, François Mauriac, Colette, Alain Finkielkraut, François Weyergans ou encore Marcel Proust.

Toujours prompt à dire ce qu’il pense, il n’y va pas de main morte avec la critique universitaire ; en parlant de A la Recherche du temps perdu dont il craint une pléthore de nouvelles éditions maintenant que l’oeuvre est tombée dans le domaine public, il souligne « nous sommes menacés d’une inflation d’appels de notes, de précisions spécieuses et chicanière, travers communs de la critique universitaire ». Dans ce genre d’entreprises pédantes, écrit-il, comme au théâtre avec les nouveaux messieurs de la mise en scène, le commentaire du texte prend le pas sur le texte lui-même. A l’opposé, il prône la critique d’intuition et d’évocation qui doit être « humble et fervente devant ce qu’elle admire ». Et de conclure, « La connaissance de Proust, c’est en fréquentant la Recherche qu’on l’éprouvera comme il faut. Proust compte infiniment plus que les Proustiens. » Qu’on se le dise !…

Une famille d’écrivains : chroniques buissonnières, Pol Vandromme, Rocher, 254p.