Le cinéma de papy

Invictus, de Clint Eastwood


Clint Eastwood, légende vivante du cinéma, s’est montré très prolifique dans les années 2000 (avec pratiquement un film par an) et a signé, durant cette décennie, deux de ses plus grands films, à la puissance émotionnelle inoubliable : Mystic River et Million Dollar Baby. Papy Clint est ici au sommet de son talent de conteur, de metteur en scène et de directeur d’acteurs. Avec lui, Sean Penn a remporté son premier Oscar. Hilary Swank son deuxième. Pointons aussi le plus beau rôle d’Angelina Jolie dans Changeling, drame âpre et révoltant. Gran Torino, sorti l’an dernier, offrait une magnifique synthèse, formelle et thématique, de son cinéma. Aimé du public et des critiques, le cinéma Eastwood continue d’effacer les frontières entre cinéma populaire et cinéma d’auteur.

Pourtant, que l’on soit ou non une légende vivante du cinéma, tourner à son âge (80 ans cette année !) au rythme d’un film par an, un faux pas peut vite arriver. C’est le cas de cet Invictus. Ce film raconte un événement historique récent : l’élection de Nelson Mandela à la présidence de l’Afrique du Sud, et son premier geste fort : resouder les liens de son peuple en poussant les Springboks à remporter la Coupe du Monde de Rugby (en 1995). A moins de ne pas être au courant (qui sait ?), on ne peut pas dire que le film, qui raconte une histoire vraie, regorge de suspense. Certes, le sujet est intéressant, mais le scénario, par ailleurs très classique, ne l’est pas. Le spectateur a, pour tout dire, toujours une scène d’avance. Ceux qui ont vu la bande-annonce auront déjà vu le film entier, ou presque. Dépourvu de scène mémorable (un comble chez Clint !), il n’y a dans Invictus absolument rien de surprenant. De plus, Invictus est un film surligné au Stabilo : chaque intention est répétée deux fois pour être sûr que ceux qui roupillent au fond aient bien compris. Morgan Freeman imite assez bien Mandela mais n’arrive malheureusement pas à s’effacer derrière son personnage (comme Joaquin Phoenix a su le faire avec son Johnny Cash, par exemple). Matt Damon, malgré la place qu’il occupe sur l’affiche du film, est simplement inexistant. Bon, et le rugby, alors ? Non plus ! C’est filmé sans aucune inspiration. Je dois bien avouer que mon cœur a battu plus rapidement durant la finale (qui en soi ne fut pas un grand match). Je riais des ralentis et des effets sonores grotesques, mais la victoire finale rappelle bien ces événements sportifs pour lesquels on a tremblé, vibré, pleuré. Agassi à Roland-Garros en 1999, Roger Federer en l’année passée… ! Aussi lourdingue soit-elle, cette fin a rouvert le tiroir de ces souvenirs intenses. C’est bien peu de choses pour un film qui manque vraiment d’intérêt, de loin le moins bon des Clint Eastwood depuis longtemps. Ses films ont toujours cette fluidité qui fait que tout ça passe assez vite, Dieu merci, mais je n’ai pas pu, en sortant de la salle, cacher ma déception.

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