Le dernier duel

Ce n’est donc plus qu’une question de semaines, de jours, voire même d’heures. Pour la majorité gouvernementale, chaque projet de loi, chaque proposition législative représentera désormais un quitte ou double. A partir d’aujourd’hui, à tout moment, le gouvernement peut tomber. Que ce soit sur le budget, la réforme de la justice, la mise en place du fédéralisme cher à la Ligue de Nord. Car en réclamant officiellement la démission du premier ministre italien, lors de la convention de son nouveau parti, Futuro e Libertà per l’Italia (Fli), Gianfranco Fini, à la tête d’une fronde de trente-cinq députés et de dix sénateurs, a en effet virtuellement débranché le respirateur qui tenait encore en vie, de manière artificielle, l’exécutif de Silvio Berlusconi. Ce n’est toutefois pas l’unique portée de son acte. En agissant de la sorte, M. Fini a aussi officialisé la naissance d’un projet politique ambitieux, certes, mais aussi diablement téméraire. Le président de la Chambre des représentants entame désormais la partie la plus délicate de son parcours politique : la construction d’une force de centre-droit qui n’ait pas pour leader Silvio Berlusconi.

Pourquoi délicate ? Parce que depuis la fin de la seconde guerre mondiale, la vie politique italienne a été animée, de manière quasi exclusive, par les trois mouvements historiques que sont le pilier catholique d’une part, qui a régné en maître sur la Péninsule pendant près d’un demi-siècle, et, d’autre part, les forces communistes et postcommunistes. Seul le chaos politique et institutionnel consécutif au raz-de-marée de l’opération Mains propres qui a permis, au début des années nonante, l’émergence quasi miraculeuse de Forza Italia (dictée par la nécessité pour son fondateur, Silvio Berlusconi, de s’assurer une immunité judiciaire) est venu rompre cet équilibre. Une des conditions de la réussite de l’implantation de Forza Italia sur l’échiquier politique italien, outre sa puissance médiatique et financière, fut d’ailleurs la non-nécessité, dans le chef de ses partisans, d’une quelconque adhésion idéologique. Le parti nouvellement créé se voulait un caléidoscope d’idées aussi variées que contradictoires entres elles, vers lequel ont conflué d’ancien démocrates-chrétiens, d’anciens communistes et d’anciens socialistes en mal de strapontins. Le projet actuel de M. Fini est certes plus noble – ancrer dans le paysage politique une force libérale, constitutionnelle et laïque – mais bien plus aléatoire car dépourvu d’enracinement historique.

Par ailleurs, à plus court terme, même miné par des scandales érotico-politiques à répétition, par des ennuis judiciaires d’une extrême gravité, M. Berlusconi est encore le leader incontesté de la coalition de centre-droit, le chef du gouvernement en place et le président du plus grand parti politique de la péninsule. Lui seul peut assurer, de par son empire médiatique et ses qualités incontestées de grand démagogue, la victoire à ses alliés. Les derniers sondages en date le donnent aujourd’hui encore largement gagnant en cas de nouveau scrutin électoral. Le premier ministre n’a donc aucune raison stratégique ou politique d’accéder à la demande de démission de M. Fini, de se démythifier lui-même, de reconnaître, face aux Italiens, qu’il est désormais un homme vulnérable, qu’il n’est plus le leader maximo incontesté et incontestable de son pays. Cette requête est tout bonnement illusoire. Inconcevable. A brève échéance, la manœuvre du président de la Chambre ne peut donc que déboucher sur un duel au dernier souffle, dur, violent, sans merci. Un duel risque de plonger dans le chaos non-seulement la coalition de centre-droit mais, avec elle, le pays tout entier.

#Berlusconi #GianfrancoFini

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