Le lundi au soleil

« La France qui se lève tôt ? » Vous plaisantez ! Aujourd’hui, les Français ne se lèveraient pas du tout ! C’était lundi de Pentecôte et fort heureusement le Beau pays avait fait preuve de bon sens en revenant sur la décision d’un ex Premier ministre, aujourd’hui emmerdeur en chef du Sénat et poil à gratter de la majorité, Jean-Pierre Raffarin : il avait instauré une journée de la solidarité suite aux 15000 morts prétendus de la canicule. Il avait décidé de mettre en péril la santé de millions de salariés en les faisant travailler ce jour-là pour offrir leurs gains aux vieux qui avaient trop chaud ! Il avait fallu attendre 2008 pour que cette décision week-endticide soit rapportée piteusement.

Eh bien oui, justement, les habitants du Beau pays s’en foutaient en ce lundi de Pentecôte, de la solidarité. C’était la trêve des grèves – manifester un jour férié, quel gâchis c’était ! surtout quand il faisait beau. Adieu social ! La France des fortifs était loin, c’était la France des festifs, la France de « Camping », des terrasses, des ponts, des bistrotiers qui faisaient leur beurre et du beurre dans les épinards.

Ça donnait le temps d’aller voir les Bleus (ce qu’il en restait) s’entraîner à Tignes (le buggy d’altitude était paraît-il un entrainement au foot), ça avait permis d’aller à Cannes pour voir de loin les stars sur les marches, d’aller à Roissy pour voir arriver Johnny de Los Angeles, c’était incroyable, il y avait tant de gens qui avaient l’air de n’avoir que ça à faire : assister à des riens, et dire toutes leurs impressions au micro du Petit Journal de Canal.

C’était le Beau pays de la retraite à 60 ans (et moins si affinités avec certaines catégories de fonctionnaires), des 35 heures et leur Madone de la maldonne, des Sam’ Suffit et des slogans oubliés, « travailler plus pour gagner plus » par exemple. C’était le beau pays du grand débat sur les apéros géants, inépuisable discussion à l’heure du petit jaune au zinc.

C’était le pays où une imprudente parole du ministre de l’Education avait mis dans la rue les lycéens pour défendre leurs grandes vacances.

Bref une aptitude au repos qui paraissait inaccessible au reste de l’humanité dans des pays qui, pensez ! travaillaient l’été, et jusqu’à 65 ans ou plus ! La France avait quelques idées, pas de pétrole mais une réserve naturelle qui semblait inépuisable dans son sol et sous son ciel : la capacité au bonheur de vivre. C’était une matière première, un gisement sur lequel avaient été fondées des industries entières et des milliers d’emplois, c’était une récolte qui poussait naturellement sur les plages, les campagnes et même sur les trottoirs, en ville. Il y avait bien quelques errements, comme cette absurde floraison de 162.000 plantes et de 11.000 arbres plantés sur les Champs Elysées pour deux jours et 4,2 millions d’euros. Là encore, les Français, ces badauds professionnels, se pressaient en foule pour admirer comment on avait fait de l’autoproclamée « Plus belle avenue du monde » la plus belle connerie, heureusement éphémère.

Il est vrai aussi que la France était le seul pays au monde où le pouvoir suprême avait son palais en plein milieu du paradis, les Champs Elysées, mythologique séjour des âmes vertueuses, de l’éternel printemps et de l’éternelle jeunesse. Même Achille n’avait pas pu y séjourner, mais Sarko, oui !

Et en plus, le bonheur de vivre rapportait des devises. Et une devise : les gens heureux ont une histoire.

Jusqu’à mardi prochain.

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