Le monde comme il s’en va, 33

Dans ses moments les plus profonds, Toni Erdmann, le film de Maren Ade actuellement visible dans quelques salles, à la fois vraie comédie (par les ressorts qui relancent l’action comme le ferait un tuyau d’arrosage devenu fou) et fausse comédie (par les conséquences qu’on tire de ces péripéties) décrit avec une grande précision quelque chose de l’état du monde : à savoir l’inanité répétitive du jeu social auquel la fille, chargée des coupes sombres et des saignées humaines pour le compte d’entreprises à restructurer, se prête et qu’elle endosse. Mêmes coupes de champagne, mêmes rails de cocaïne, mêmes brunchs entre soi, mêmes conversations entre initiés incollables sur un seul sujet, même relations impersonnelles et personnalisées. Par sa présence incongrue, le père traduit tout cela pour elle. C’est qu’il faut en passer par le vide (tout le contraire d’un passage à vide…) pour retrouver rien qu’un peu  son humanité.

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