Le monde merveilleux des titres VF

Cette semaine est sorti le très sympathique Up in the air, ou plutôt… In the air, en version française. Chez les distributeurs francophones, il existe, depuis longtemps déjà, une fâcheuse tendance à proposer, en guise de titre VF, un titre en anglais ! Mais attention, de l’anglais amélioré ! De l’anglais pour les nuls. Dans ce cas-ci, Up in the air a été amputé de son up – vocable sans doute bien trop compliqué pour le spectateur francophone lambda. Ce genre d’absurdités, on en rencontre des dizaines et des dizaines par an. Récemment, Happy-Go-Lucky de Mike Leigh a été “traduit” par Be happy. Les exemples ne manquent pas… Analyze This est devenu Mafia Blues, The Hangover est devenu Very Bad Trip, The Boat the Rocked a honteusement été rebaptisé Good Morning England… Et on peut continuer comme ça inlassablement.

Cette mode récente de titres « anglicisés » n’est qu’un symptôme supplémentaire (voir en fin d’article) de cette maladie des mauvais titres français qui existe, si l’on y regarde de plus près, depuis bien longtemps. Tous les premiers films de Charlie Chaplin n’ont-ils pas tous été affublés d’un « Charlot » (…Pompier, …Soldat, …Cambrioleur, etc.) ? Aujourd’hui, les exemples affluent chaque semaine, ou presque. Tiens, prenez ces films où le titre VO est conservé mais complété par une extension en Français, comme par exemple Anything else, la vie et tout le reste (de Woody Allen) ou No Country for old men, Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme (des frères Coen). Chez les Coen on peut d’ailleurs trouver cette perle : The Man Who Wasn’t There devient, tenez-vous bien, The Barber, L’homme qui n’était pas là (!). J’aime bien aussi le bilinguisme de Master and Commander, de l’autre côté du monde. Il y a aussi ces titres raccourcis (O Brother sans son « where art thou ?« , Neverland sans le « Finding », Will Hunting sans son « Good« , le prochain DreamWorks How to Train Your Dragon deviendra Dragons) ou rallongés (« Le Secret de » Brokeback Mountain, « A bord du » Darjeeling Limited, « Truman » Capote – bon, là, je peux comprendre). Au rayon des rallonges récurrentes, pointons (du doigt) les fameux « Bienvenue » (…à Gattaca, …à Zombieland, …au Cottage, …Mister Chance, etc.) ou les « Bons baisers » (…de Bruges, …de Russie, …d’Hollywood). Certains titres iront même jusqu’à nous raconter la fin du film : The Shawshank Redemption a été traduit par Les Evadés. D’autres sont excusés, comme ces adaptations de livres qui reprennent, légitimement, le titre de la traduction française originale (Les Noces Rebelles, Max et les Maximonstres…). Une pensée compatissante pour Atonement, rebaptisé Reviens-moi (et non pas Expiation).

Qu’ils soient issus d’une décision de marketing pur (appâter le plus grand nombre de spectateurs) ou d’une simple vulgarisation linguistique (parfois, c’est effectivement nécessaire), les titres VF désespérants se font de plus en plus nombreux. Non pas qu’il faille imiter nos amis les Québécois, qui suivent imperturbablement leur (hilarante) politique de traduction (au Québec, les films s’appellent Tuer Bill, Histoire de Jouets 2 et Pouilleux Millionnaire) ! Mais est-ce si difficile de trouver un bon titre VF ? Un peu d’imagination, un peu de bon sens, et le tour est joué ! La Guerre des Etoiles est la parfaite adaptation de Star Wars (littéralement « Les guerres de l’étoile »). Voyage au bout de l’enfer sonne quand même mieux de « Le chasseur de cerf ». L’Etoffe des Héros, ça le fait. Steven Spielberg a lui-même toujours avoué qu’il préférait Les Dents de la Mer à Jaws. Certes, le titre VF est bien souvent le résultat d’un compromis qui lui fait perdre malheureusement la valeur de l’original. Démineurs, ça a quand même moins de gueule que The Hurt Locker. Les Infiltrés, ça n’a pas la même force qu’un The Departed. Il faudra qu’on m’explique aussi comment Before The Devil Knows You’re Dead est devenu 7h58, ce samedi-là. Bienheureux sont les films où la traduction passe tout seul (La Nuit nous appartient, Ma vie sans moi, L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, Quand Harry Rencontre Sally)…!

Les titres français sont choisis par le distributeur. On peut remercier celui de Ken Loach, par exemple, de ne pas avoir traduit les titres de ses films (Raining stones, Ladybird, Land and freedom, Carla’s song, My name is Joe, Bread and roses, The Navigators, Sweet sixteen, Looking for Eric, etc.). Avec une exception compréhensible pour The Wind That Shakes the Barley (devenu Le Vent se lève), et Ae Fond Kiss, affublé lui de l’anglicisé Just a kiss.

Pour revenir à Up in the air, cet exemple me laisse vraiment perplexe. Pourquoi diable avoir retiré ce « Up » ? Il reste pourtant pléthore de titres anglais non traduits, facilement compréhensibles et, encore mieux ! facilement prononçables. Quelques exemples récents : Into the Wild, Public Enemies, Little Miss Sunshine, Yes Man, American Beauty, Two Lovers, Match Point. Souvent aussi, le titre est trop beau pour y toucher : There Will Be Blood, Thank you for smoking, Good Night and Good Luck, Lost in Translation, j’en passe et des meilleurs. Je ne tiens ici pas en compte les titres des films asiatiques, dont on conserve (sauf pour les films d’animation) le titre international, en anglais (In the Mood for Love, Nobody Knows, Lust, Caution). Bref, il y a de quoi radoter inlassablement… Ce que je me demande c’est : si on garde des titres comme Eternal Sunshine of the Spotless Mind, pourquoi donc amputer Up in the air ?

Pour pousser ma consternation plus loin, j’aimerais revenir, pour terminer, à ces infâmes titres VF « anglicisés », et plus précisément à un phénomène encore plus désolant : l’apparition de véritables expressions ou gimmicks, censés faire référence à d’autres films ou du moins gagner en « coolitude ». Tout est bon pour rameuter les gens dans les salles, n’est-ce pas ! Pour illustrer ce désastre artistique créé par le Dieu Marketing, voici les exemples les plus horripilants :

*Listes NON exhaustives*

Le sexe, c’est bien connu, ça fait vendre. Wild Things = Sex Crimes Cruel Intentions = Sexe Intentions Eurotrip = Sextrip The Banger Sisters = Sex Fan des Sixties Not Another Teen Movie = Sex Academy

Des pièges en-veux-tu-en-voilà. Die Hard = Piège de cristal Under Siege = Piège en haute mer Striking Distance = Piège en eaux troubles Reindeer Games = Piège fatal Ladder 49 = Piège de feu K-19 : The Widowmaker = K-19 : le piège des profondeurs

Tous en enfer ! Pour ne citer que les plus récents. Die Hard with a Vengeance = Une journée en enfer From Dusk Till Dawn = Une nuit en enfer Con Air = Les Ailes de l’enfer Hard Rain = Pluie d’enfer Any Given Sunday = L’Enfer du dimanche Into the blue = Bleu d’enfer

Les coups de foudre, ça rameute les spectateurs dans les salles. Fools Rush In = Coup de foudre et conséquences Notting Hill = Coup de foudre à Notting Hill Bride & Prejudice = Coup de foudre à Bollywood Maid in Manhattan = Coup de foudre à Manhattan Dan in Real Life = Coup de foudre à Rhode Island

Petits *complétez* entre *complétez*. Shallow Grave = Petits meurtres entre amis Triggermen = Petites arnaques entre amis Nine Lives = Petits massacres entre amis The Groomsmen = Petit mariage entre amis She’s the One = Petits mensonges entre frères

Malgré lui, malgré elle, malgré moi… It Could Happen to You = Milliardaire malgré lui Hero = Héros malgré lui The Princess Diaries = Princesse malgré elle Deuce Bigalow : European Gigolo = Gigolo malgré lui Mean Girls = Lolita malgré moi The Ant Bully = Lucas, fourmi malgré lui Step Brothers = Frangins malgré eux

Et j’en passe… ! D’autres expressions nées de l’imagination débordante des rois du marketing pullulent de partout, comme des « Crazy » par-ci, des « American » par là, ou encore des « Academy« … Le phénomène est d’autant plus visible avec les films DTV (direct-to-video). Dans les vidéothèques, ce sont ces films-là qui se démarquent des étalages. D’ailleurs, c’est devenu monnaie courante que certains films qui n’ont pas bien marché (ou inédits) en salles changent de titre dès qu’ils sortent en DVD. Ainsi, Idiocracy est devenu Planet Stupid.

C’est le mot de la fin, à plus d’un titre.

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