Le noeud gordien

Dans De Standaard (8/05) le professeur en Droit d’Etat, Hendrik Vuye, de l’université de Namur, écrit un article intitulé « La démocratie verrouillée ». Cette contribution est remarquable et même la seule à examiner le fond du problème entre nos deux communautés. Il explique pourquoi de plus en plus de Flamands ne veulent plus de la Belgique. Et surprise, la faute n’incombe pas aux seuls Francophones, mais aussi et surtout aux politiciens Flamands qui ont, à travers tous les compromis politiques, supprimé une notion de base: une démocratie est toujours une confrontation entre majorité et minorité.

Au cours des années, les Francophones – par peur d’être soumis à la loi du nombre – ont exigé et obtenu des mécanismes de protection rendant ainsi la majorité totalement impuissante. Souvenez-vous que, dans la Belgique unitaire, il n’y avait aucune protection et pourtant les Flamands n’ont jamais abusé de leur majorité ; ils ont même dû se battre pour obtenir les droits individuels les plus élémentaires.

Le problème de BHV est exemplaire de cette démocratie verrouillée. Dans ce cas particulier, où les Flamands sont légalement et démocratiquement en mesure d’exercer leurs pouvoirs parlementaires et de voter la scission de la circonscription électorale BHV, la minorité dispose de tous les moyens pour bloquer le situation ad aeternum. Non seulement la procédure en conflit d’intérêts, mais aussi la sonnette d’alarme qui permet de faire tomber le gouvernement, obligeant ainsi les Flamands à recommencer la procédure, au risque de subir à nouveau les conflits d’intérêts, une nouvelle sonnette d’alarme… Même entre gouvernements, hors des règles parlementaires, il y a encore la possibilité d’en appeler au conflit d’intérêts.

Voici donc une situation politique totalement verrouillée qui résulte en une dictature de la minorité, par crainte d’une dictature de la majorité. Ce blocage complet n’est pas facile à résoudre. Il n’y a pas de solution globale et les politiciens sont donc obligés de trouver des solutions adaptées pour chaque problème qui se pose. Le Pr. Vuye vise les politiciens Flamands qui ont fait ces concessions, lesquelles ont conduit à une situation où le soutient social flamand à une société bicommunautaire est fragilisé et s’évapore tout doucement.

Les derniers jours, nous n’entendons que des politiciens du Nord et du Sud exprimer leur volonté d’arriver à un compromis. On ne sera pas surpris d’apprendre qu’en Flandre, on a peu confiance dans nos voisins de Sud qui ont bloqué pendant trois ans toute évolution institutionnelle. Mais hélas, il ne semble pas y avoir de volonté claire pour trouver une solution, et le nœud gordien risque de demeurer.

La volonté d’un nombre croissant de Flamands raisonnables ne se limite plus à obtenir un compromis pour un problème communautaire quelconque, tout en devant de surcroît payer pour l’obtenir. Nous voulons enlever les verrous qui rendent les Flamands totalement impuissants.  Ils en ont ras le bol d’être traités de mendiants alors qu’ils représentent une majorité démocratique indispensable pour la survie de la solidarité. Voilà la raison pourquoi un compromis n’arrangera rien ou ne peut être qu’une solution pour gagner encore un peu de temps.

La seule solution pour résoudre le nœud gordien est de faire un choix courageux : choisir pour une Belgique unitaire et sans verrous, ou bien une confédération conservant des domaines de gestion communs, à condition que nous partagions la même vision. C’est un choix malheureux, mais je le pense incontournable si nous voulons arriver à la paix que tous les Flamands et tous les Francophones sensés souhaitent depuis des années.

Alors chers Francophones, si personnellement je pouvais choisir, je préfère la paix entre amis ou compatriotes plutôt qu’une situation sans issue. Une solution entre compatriotes dans une Belgique unitaire sans verrous, le bilinguisme partout et une solidarité concertée au lieu d’une carte blanche!

L’autre solution, le confédéralisme à la belge, nécessite un accord pour maintenir ce qui est essentiel et ce qui fait de la Belgique une valeur ajoutée pour les trois communautés.

Voilà les deux solutions permettant la pacification entre nos deux communautés.

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