Le passage du canyon

On l’avait oublié, on les avait perdus de vue. Le temps d’une crise financière (rien de moins que le plus grand plongeon des bourses mondiales après la référence de 1929 et les interrogations, ici ou là, de l’entrée en agonie du capitalisme (il fallait bien cela pour espérer parler d’autre chose), et alors que la très grande majorité des économies et de leurs sujets sont encore en apnée et loin de pouvoir remonter à la surface, les durs à cuire et autres fines gâchettes (rayon Grosse Bertha…) de BHV sont de retour aux avant-postes. Et il faut bien admettre que leur détermination et leurs capacités de ressassement sont absolument intactes, comme si de rien n’était : c’est peu de dire que ces cadors, qui se frottent aux épaules et tentent de se projeter les uns les autres dans les barrières de sécurité à l’approche du sprint final, sont spécialement affûtés. Que dire ? Le point de fixation de la problématique belge (et de la survie du pays) moule à nouveau le paysage à son image : et, à la différence de la scène obligée dans n’importe quel western à la grande époque, où un convoi tentait seulement de se frayer un passage dans un étroit défilé en évitant les flèches ou les balles de six coups tirées depuis les hauteurs, ici la voie du boyau déjà mince en largeur est encombrée sur quasi toute sa longueur par des obstacles divers (ukases gros et durs comme des morceaux de rochers, diktats et procès d’intention solides comme du métal, déclarations brutes et menaces ouvertes empilées), ce qui met la panique des chevaux et l’angoisse des cavaliers à leur comble. Dans cette furie, les voix de la raison deviennent elles-mêmes discordantes. Et surtout, pour quel devenir ? Les possibilités, certes nombreuses, n’en sont pas réellement : organisation des élections fédérales de juin 2011 grâce à une loi spéciale devant s’éteindre au lendemain du scrutin ; report des négociations, «pour sauver la Présidence belge de l’Union Européenne», à un grand round après les élections fédérales de juin 2011 ; démission du gouvernement et organisation d’élections anticipées (mauvais scénario : Présidence de l’UE gâchée, campagne électorale propice à toutes les surenchères, probable impossibilité d’encore former une équipe avec des francophones et des flamands) ; nouveau conflit d’intérêts, actionné cette fois par la Région Bruxelloise (peu imaginable, et certainement préjudiciable pour elle en cas de négociations sur son refinancement) ; vote de la majorité (flamande) contre la minorité (francophone) de la scission sans conditions de l’arrondissement incriminé, menant immanquablement à la chute de Leterme II et aux inconvénients mentionnés. Bref, l’heure de vérité, si elle peut être toujours être reportée, n’en sera pour autant jamais lointaine : et quand bien même, pour des motifs purement tactiques, la vérité ne viendrait pas à son heure, elle n’aura rien perdu de sa substance. On peut donc s’attendre à ce que tout, dans cette affaire, aille dans le sens induit dès le départ : comme un penchant devient une pente naturelle. Même le démineur Dehaene est maintenant soupçonné de n’avoir pas tout désamorcé, et de rouler pour un camp au détriment d’un autre. Quant à l’emballage final, dans ce peloton trop nerveux, il fera sans doute l’objet d’une chute collective : et pourtant, les coureurs, glissant sur la chaussée, s’efforceront encore de franchir la ligne d’arrivée dans cet état, en criant plus fort que leurs concurrents.

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