Le premier oublié


Le premier oublié, Cyril Massarotto, XO Editions, 235 p.

Madeleine sort d’un supermarché les bras chargés de courses ; elle s’apprête à rejoindre sa voiture, quand elle se rend compte qu’elle ne se souvient pas de l’endroit où elle l’a laissée. Ce n’est pas grave, ça arrive à tout le monde : d’ici quelques secondes, ça va lui revenir. Mais rien. Les minutes passent. Madeleine commence à parcourir les allées de voitures pour la retrouver. Le désarroi se mue en panique lorsqu’elle réalise que le problème n’est pas d’avoir oublié où elle l’a mise mais de savoir si sa voiture est une petite auto rouge ou un gros monospace bleu. Un gouffre s’ouvre devant elle : que lui arrive-t-il ? Déni oblige, très vite, elle se reprend : mais oui, il suffit de téléphoner à Max, son mari. Elle cherche dans le répertoire de son téléphone. Mais rien entre Manucure et Médecin. Pas de Max. Son fils prévenu par téléphone et très étonné lui apprend que Max est mort un an auparavant…

Avec ce cinquième roman, Le Premier oublié, Cyril Massarotto signe un récit poignant sur la maladie d’Alzheimer. Il alterne deux points de vue : celui de Madeleine et celui de son fils Thomas. L’auteur explore l’angoisse de la malade lorsqu’elle réalise qu’elle commence à perdre la tête et qu’elle finira inexorablement démente. Toute la question étant de savoir comment on vit avec l’idée que l’avenir se résume à une lente décrépitude, sans plus d’espoir possible.

L’auteur montre aussi les ravages de la maladie sur l’entourage : chagrin, découragement, colère, crainte. Si Madeleine oublie progressivement sa vie et ses proches, à s’occuper d’elle à plein temps, Thomas aussi s’oublie : il n’écrit plus, il ne voit plus personne et met toute sa vie entre parenthèse. Son choix est évident, il ne se pose guère de question : il veut être à ses côtés, quelles que soient les implications que cela suppose.

Cyril Massarotto a la sagacité de parsemer son texte de nombreuses touches d’humour (ce que je ne parviens précisément pas à faire en vous parlant de ce roman J) qui allègent le propos et rendent d’autant plus prégnante la gravité de la situation, l’intensité de cet amour filial et l’amertume qu’engendre une pareille déstructuration. En effet, Thomas sera le premier oublié : le premier des trois enfants que Madeleine ne reconnaîtra plus.