Le trio de Han Bennink à l’Archiduc


Han Bennink n’est pas un batteur ordinaire. Drummer and visual artist, peut-on lire sur son site. Pas n’importe quel drummer : un batteur complet, un batteur total ! Batteur et total ? Qu’est-ce que ça veut dire ?  On aura à peu près tout dit quand on saura qu’enfant, à la batterie que lui avait offert son père percussionniste classique, il préférait les chaises de cuisine. Oui, Han Bennink tapait sur les chaises, il tapait sur tout. Ben un peu comme le personnage (réel) de mon roman  Les tambours de Louis  :  Louis s’est taillé des baguettes avec des bouts de bois de fagots, il tape sur les casseroles, les chaises, les portes, les armoires, il tape dans les toilettes, sur les fenêtres, Louis est fou, on disait à ma mère t’as engendré un fou, il tape sur tout, tout le temps, il se rend à l’école avec les deux bouts de bois, il tape cogne sur les portes et les volets des voisins.  Désolé pour la pub… mais la réalité du batteur Louis Mellyne, nom d’emprunt, devenue fiction, comme la pipe du père Magritte, est si proche de celle de Han Bennink qu’elle s’est glissée, presque à mon insu (oui, l’insu a bon dos) dans ces lignes… Proche, mais en même temps aussi opposée que le jour et la nuit. Bennink, le jour. Mellyne, la nuit.

Han Bennink a évidemment vite compris qu’un batteur de chaises de cuisine n’avait pas beaucoup d’avenir dans la musique. Il a donc fini par adopter la batterie offerte par son papa, sans jamais abandonner les chaises, le plancher, les murs, et tout ce qui peut traîner dans une pièce ou sur une scène. Le voilà devenu batteur de jazz, sur les traces de son héros Kenny Clarke (tiens, Louis Mellyne, cité plus haut, devenu entretemps ouvrier sidérurgiste et après avoir été volontaire de Corée, a été l’élève de Kenny Clarke pendant 6 ans). De Kenny Clarke, il a hérité un swing jamais pris en défaut, ce qui lui a permis d’accompagner quelques grands du jazz, dont Eric Dolphy, Sonny Rollins, Dexter Gordon, René Thomas. En même temps, il a développé un style tout à fait personnel et immédiatement reconnaissable au sein de la nouvelle musique improvisée européenne, avec Fred van Hove, Albert Mangelsdorf, Peter Brötzmann et d’autres. Mais Han Bennink est inclassable, hors catégorie. Total, ai-je écrit, et pas seulement parce qu’il tape sur tout, mais parce que la qualité de sa frappe, sa manière de frapper, ouvrent un horizon, ouvrent, oui, un univers de sons dans lequel on découvre soudain que le frappeur est en quelque sorte lui-même le frappé, qu’il est le centre de son art : il ne joue pas de la batterie, il fait corps, il est l’artisan – et sa batterie est, comme lui, artisanale… rien d’industriel, de rutilant, que du rafistolé – d’une métamorphose : métamorphose de l’espace de jeu, métamorphose des objets, batterie et tout le reste, sur lesquels il frappe, car la batterie, comme déjà dit, n’est qu’un des objets frappés, métamorphose de ceux qui l’écoutent, nous sommes nous-mêmes frappés… de joie, une joie, comment dire, première, née du plaisir de ce contact du geste et de la matière, un peu comme si nous assistions au travail du forgeron dans sa forge – et métamorphose, bien sûr, de lui-même. Dans mon roman, il est le shaman batave. Faut le voir sur scène pour le croire, n’est-il pas visual artist… même si le terme réfère au fait qu’il soit aussi peintre et faiseur d’objets… artiste total, n’est-il pas? Pour s’en convaincre, voyez son site www.hanbennink.com.

Le trio se compose de Han Bennink, Michael Moore, saxophone et clarinette, Ernst Glerum, basse

#jazzconcertsArchiduc #visualartist

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