Les agences de notation: entre défaillance et spéculation

«Il vaut mieux avoir un gouvernement pour prendre des décisions, particulièrement en période de crise» : voilà à peu près l’extraordinaire révélation que l’agence de notation Standard & Poors a offerte au monde. Il a donc suffi de réinventer l’eau tiède pour faire la Une de tous les médias, déclencher un torrent de commentaires et convoquer tous les doctes experts – ah les experts ! ceux qui en général ont tout faux depuis 2008 et nous prodiguent aujourd’hui le conseil unique de l’austérité – les experts donc qui ne pouvaient que confirmer la très subtile analyse de la célèbre agence qui en cas de prolongement de l’incertitude politique menace la Belgique d’une dégradation de sa note financière, en clair de sa solvabilité et de sa capacité à emprunter aux taux les moins élevés possible. Il y aurait quelque chose d’ubuesque dans cet épisode s’il ne posait pas, une fois de plus, de sérieuses questions sur le rôle des agences de notation qui continuent à faire la pluie et le beau temps sur les marchés malgré leurs erreurs et les manœuvres spéculatives qu’elles favorisent. Car il ne faut pas oublier l’ambigüité de la situation de ces agences, dont certaines sont-elles même cotées en Bourse, qui décernent des notes d’initiative ou à la demande des entreprises, des institutions et des états. Censées jouer un rôle de prévention ou d’avertissement sur la solvabilité des uns et des autres, les agences se sont régulièrement lourdement trompées ; ce fut le cas lors de l’affaire Enron ou lors de la crise des subprimes ou de l’évaluation des produits toxiques. Faut-il rappeler que Standard & Poors accordaient le fameux triple A, la meilleure note, à Lehman Brothers quelques jours avant sa faillite et que la banque d’affaire Goldman Sachs bénéficiait du même traitement. Cette même banque qui aidait la Grèce à maquiller ses bilans alors que le même Standard & Poors dégradait la note grecque la faisant plonger un peu plus dans l’enfer des marchés. Erreur d’analyse, complaisance vis-à-vis des clients payeurs, voir corruption ? Peu importe, dans tous les cas, les conséquences sont dramatiques pour l’économie réelle. De plus les agences, sont des sortes pompiers-pyromanes puisqu’après leurs propres défaillances, elles contribuent à aggraver la vulnérabilité des entreprises ou des états en provoquant les mouvements spéculatifs. Les agences de notations ne sont pas des observateurs mais des acteurs déterminant sur les marchés. On pensait leur avenir menacé après la crise de 2008 mais face à l’impuissance ou l’absence de volonté des états et des institutions internationales, elles ont repris de plus belle, et avec elles tous les mécanismes spéculatifs.

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