Les bons contes font les bons amis

Adieu veau, vache, cochon, couvée. La grenouille qui voulait se faire aussi grosse qu’un bœuf. Le loup et l’Agneau. Maître Corbeau sur un arbre perché… On ne sait trop quelle fable résume le mieux les mésaventures de Dexia (et des autres banques belges). Mais une chose est sûre : les bons contes font les bons amis. Si les grosses huiles de Dexia et compagnie avaient lu La Fontaine au lieu de la page bourse du Financial Times (à l’affût de l’article dressant leur portrait. Promis ! Juré ! avait assuré leur attachée de presse), ils n’en seraient pas là. Et cette idée aussi de confier à l’époque le management d’une banque à un type qui s’appelle Pierre Richard ! Puis de s’étonner que le bazar tourne à la catastrophe ! Non seulement, ces gens n’ont jamais ouvert un livre mais ils ne vont même pas au cinéma ! Et l’on se demande pourquoi ils se comportent comme des manches ? Faut sortir un peu de B.H.V., monsieur le président Dehaene ! Et pas seulement l’argent de votre commune des caisses de Dexia ! Tous ces braves gens sont passés à côté de la vraie vie, celle qui est racontée par les romans et les films. C’est la fiction qui fait tourner le monde, pas les tableaux Exell. Ecoutez les conteurs, messieurs-dames les banquiers, si vous entendez que vos comptes surnagent ! Tout, dans cette affaire Dexia, rassemble les éléments qui font les belles histoires, celles qu’on raconte aux enfants avant de s’endormir pour leur apprendre les valeurs qui doivent guider leur vie : des dirigeants arrogants, finalement leurrés comme n’importe quel bête déposant par des promesses fallacieuses; un paquet de fric qui n’a pas plus de consistance qu’un morceau de beurre au soleil. N’oublions pas d’y ajouter des gouvernants publics ridicules (qui détenaient le contrôle du capital), systématiquement dépassés par les événements, mais essayant de jouer aux pompiers maintenant que la baraque a complètement carbonisé alors qu’ils se contentaient de compter leurs sous-sous lorsque l’incendie s’allumait sous leurs yeux. Leur comportement rappelle une autre fable célèbre, Le Coche et la Mouche : une mouche pique les chevaux qui peinent à tirer une charrette embourbée puis s’écrie : « J’ai tant fait que nos gens sont enfin dans la plaine./ ça, messieurs, payez-moi de ma peine ». Inutile d’ajouter que, quels que soient le gâchis, les sommes englouties, les acquisitions périlleuses, les décisions boiteuses, personne ne sera coupable de rien. « Selon que vous serez puissants ou misérables/ les jugements de Cour vous rendront blancs ou noirs » conclut La Fontaine dans « Les animaux malades de la Peste » où il énonce ce constat bien contemporain : « Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés. »

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