Les feux de la passion

Io Sono l’Amore, de Luca Guadagnino


Ce qui frappe avant tout avec Io Sono l’Amore, c’est son style extrêmement léché. Mais ce n’est pas pour faire joli. Pour cette histoire d’amour fou, Luca Guadagnino a en effet pris le risque de miser sur tous les ressorts du langage cinématographique pour faire ressentir les feux de la passion au spectateur, des premières étincelles à l’embrasement final. Les images sont gorgées de soleil et d’effets de lumière surréalistes, le montage se fait impressionniste, les cadrages picturaux à souhait. Pour les oreilles, le réalisateur est allé dénicher quelques morceaux du compositeur contemporain John Adams. A la musicalité de la langue italienne s’ajoute donc cette musique fougueuse, flamboyante, à mi-chemin entre Philip Glass et Wagner. Io Sono l’Amore prend ainsi la forme d’un véritable ballet de corps et de décors, de couleurs et de formes, de mots et de notes… une œuvre opératique qui dégage une sensorialité de tous les instants. Cela peut rebuter: certains pourront trouver tout cela trop emballé. Les autres, qui auront su se laisser emporter, verront leur implication émotionnelle décupler pour cette histoire.

C’est l’histoire d’une femme, Emma, tiraillée entre deux extrêmes. D’un côté, une passion enivrante et prometteuse d’évasion et de liberté. De l’autre, une vie cadenassée par les traditions familiales et les conventions sociales. Sans une actrice à la hauteur, de tels états d’âme auraient été trop tièdes. On pouvait compter sur Tilda Swinton, qui s’est donnée corps et âme dans ce rôle (son plus beau à ce jour), pour livrer une performance exceptionnelle.

C’est aussi l’histoire d’une famille. Le soin porté aux personnages secondaires (le fils, le mari, la fille, la bonne), tous forts présents, renforce davantage le drame : s’arracher à sa famille, c’est aussi quitter les siens. Son choix, Emma finira par le faire, forcée par un terrible coup du destin. Le rebondissement scénaristique est osé, mais passe très bien grâce à la manière dont il est traité. Reste alors ce dernier quart d’heure, grandiose, qui se défait encore plus du réalisme et qui s’achève sur un final au pouvoir émotionnel tout bonnement époustouflant. L’ultime plan, dans un décor quasi onirique, semble sortir d’un autre monde.

Io Sono l’Amore, énorme coup de cœur de cette année, est un film bouleversant et ensorcelant : on en sort le souffle coupé, le cœur battant.

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