Les petits joueurs

Tout était devenu petit dans la vie du Beau pays qui ne se rappelait même pas avoir eu des rêves de grandeur un jour. Il avait été conduit à cette petite ère sans ambition par le premier des Français à force de parler grand et de faire petit. Comme quand, sentant la défaite aux élections régionales et loin d’assumer avec hauteur une déculottée annoncée, il annonçait à une semaine du premier tour que finalement, l’enjeu n’était pas national contrairement à ce qu’il avait affirmé auparavant, mais bien régional et que la défaite ne saurait donc en rien entamer ses grands desseins pour le pays. Ce qui donna dans le Figaro. fr un « Sarkozy relativise l’enjeu des régionales ». Ah ! l’art français de la litote ! Aggiornamento ? Non, simplement l’expression d’un petit joueur qui croyait se sauver en prenant des grands airs.

C’était même à cela qu’on les reconnaissait. Pas besoin d’aller chercher à la tête de l’Etat, mais dans un état des plus misérables, celui de journaliste : il en était un que jalousaient tous ceux qui se croyaient méchants et qui n’étaient qu’hargneux, il se présentait comme le nouveau Zorro du commentaire et sur RTL tenait une chronique intitulée Z comme Zemmour avec le sifflement d’épée correspondant ! Ce jour-là, Hondelatte le présentateur qui apparemment ne pouvait pas supporter une renommée concurrente, commença par le balancer aux auditeurs : le pourfendeur était en retard.

Puis il le mit en difficulté au débotté : « Voulez-vous commenter pour nos auditeurs la proposition du ministre de l’Education de faire remplacer les profs absents par des retraités et des étudiants ? – Ah non, se récria Z., je compte en faire ma chronique demain sur cette radio !

L’autre d’insister, rien à faire. D’où il appert que le petit monsieur dont la rumeur médiatique, qui n’avait pas grand chose à se mettre sous la dent en ce moment, avait fait un héros, n’était qu’un faiseur de chronique à la petite louche et pour tout dire un petit joueur itou. Petit cuistre au demeurant qui lançait avec une belle assurance sur les ondes : « (…) le fameux (z’)hubris des Romains… ». Fameux ? En tout cas, c’était… grec ! Les anciens désignaient ainsi l’orgueil démesuré des hommes qui défrisait les dieux. Cela ne s’invente pas.

Eh non, tout le monde n’avait pas le talent de « la France a peur », le seul mot qui resterait de Roger Gicquel, ancienne star de la télé qui venait de disparaître.

Alors arrivèrent les résultats du 1er tour des élections régionales. Les régions, grandes surfaces de la France, étaient devenues minuscules, puisque moins d’un citoyen sur deux s’était déplacé pour voter. Une semaine avant le grand chelem annoncé de la gauche, le président avait déjà réussi le sien : l’opposant PS était devenu le premier parti de France, Sarkozy avait efficacement réveillé le FN grâce à son lamentable débat sur l’identité nationale, et il avait enfin obtenu avec brio de détourner des urnes la moitié de ces Français auxquels il avait redonné le goût de la politique lors de sa flamboyante campagne présidentielle.

Puis les classiques débats de soirée électorale avaient montré du côté des grands battus, que les petits joueurs étaient d’abord de mauvais joueurs.

« Petit petit petit/ tout est mini dans notre vie » chantait jadis Dutronc père. C’était devenu un peu plus vrai aussi, depuis que Jean Ferrat le grand était mort.

Jusqu’à mardi prochain.

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