Les Rouart, trois peintres et un écrivain


Il y a beaucoup à gagner à lire Jean-Marie Rouart. Son écriture est classique, certes – est-ce vraiment un défaut quand à côté on se farcit Houellebecq ou Angot? -, mais certainement pas académique. Précise et rigoureuse sans être ni froide ni rigide, elle est évocatrice et sensible, riche du monde que porte en lui l’ancien directeur du Figaro littéraire (d’où il a été éjecté en 2003) qui se situe, pour faire court, du côté de Proust et de Modiano, comme le rappelle et confirme son nouveau et très réussi livre, Ne pars pas avant moi. Un roman, comme indiqué en couverture, pourquoi pas?, même s’il semble que bien des choses y soient autobiographiques. A 70 ans passés, l’auteur de plus de vingt-cinq ouvrages peut bien se permettre d’égrener ses souvenirs sans se dissimuler sous ce vocable décrédibilisé à force d’habiller des œuvres bien peu romanesques.

De sa très fameuse généalogie picturale, il n’y est qu’à deux ou trois reprises question, par exemple lorsqu’il se souvient avoir servi de modèle à son père ou qu’il mentionne l’«air bougon» de son grand-père lors d’un mariage familial qu’il désapprouvait et où ses anecdotes sur Degas et Renoir se heurtaient à des oreilles obtuses. Pour en savoir plus sur les trois générations de peintres qui ont précédé celui qui, dès l’adolescence, ambitionnait de vouer sa vie à la littérature – il ne publiera pourtant son premier roman qu’à 31 ans -, il faut se reporter au beau-livre que leur consacre Dominique Bona à l’occasion de l’exposition organisée au Musée des Beaux-Arts de Nancy jusqu’au 23 février. A l’origine, il y a Henri (1833-1912), dont le fils Ernest (1874-1942), lui-même peintre, épouse Julie Manet, fille de Berthe Morisot et nièce d’Edouard Manet. Mais c’est son frère cadet Louis (1875-1964), époux de la fille d’un autre peintre, Henry Lerolle, qui est le père du troisième du nom, Augustin (1907-1997), dont Jean-Marie est le fils.