Les sentiers de la gloire


Il a fourni toutes ces précisions parce qu’il venait d’être inculpé, comme quelques autres, dans l’affaire Fortis. Inculpé, on a dit, pas encore coupable. Respectons la présomption d’innocence.

Donc, ces sportifs de haut niveau[1] sont soupçonnés d’avoir triché. Un tribunal néerlandais en a d’ailleurs condamné certains d’entre eux[2]. La justice belge ira-t-elle dans le même sens ? Nous verrons la suite.

Il y a chez certains une confiance presque aveugle dans leurs dirigeants. Selon les époques, ils portaient d’autres casquettes, mais tous détenaient un certain pouvoir. Mais qu’elle est leur responsabilité sociétale ? Qu’elle est leur moteur ? Qu’est-ce qui pousse De Heer Lippens ou Monsieur Mittal ? Le bien commun ou leurs biens [3]? Sont-ils réellement ces créateurs de richesses qui profitent à tous ?

Ou sont-ils (du moins certains) tout simplement peu ou prou des êtres arrogants, vaniteux, parfois intelligents mais toujours, voire cruels qui ne roulent que pour eux ? Alors, nous avons voulu faire le parallèle (peut-être osé) avec les généraux français de la grande guerre qui laissaient leurs troupes se faire massacrer dans des objectifs inatteignables et parfois si futiles, qui n’hésitaient pas parfois à diriger leur propre artillerie sur leurs soldats et à les fusiller s’ils contestaient.

Le coruscant général Robert Nivelle, passé maître dans l’art de l’autopromotion et auréolé d’une vanité assez communicative[4] est un bel exemple.

On a prétendu que garder un secret n’était pas le fort de Nivelle, et il aurait parlé de son offensive à des dames au cours d’un dîner. Il parlait également de son projet aux journalistes (sans toutefois en exposer le plan précis). Comble de malchance, les Allemands saisirent un exemplaire de son plan d’attaque dans une tranchée qu’ils avaient conquise. L’offensive qu’il déclencha n’eut donc aucun effet de surprise contre une très forte défense le 16 avril 1917, et la bataille du Chemin des Dames, également nommée « Offensive Nivelle », se solda par un échec et fut très coûteuse en vies humaines : les Alliés perdirent 350 000 hommes (morts ou blessés) pour un gain de terrain minime[5].

Un autre est le général Réveilhac, protagoniste de l’affaire des caporaux de Souain qui avait ordonné l’attaque, aurait demandé à l’artillerie de pilonner les positions françaises pour obliger les soldats à sortir de leurs tranchées[6].

Sommes-nous si loin des sacrifices que l’on demande aux populations en ces temps de crise ? Sommes-nous certains que des citoyens ne sont pas des soldats fusillés pour l’exemple[7] ?

(Mais faisons attention ces remarques pourraient être mal prises. D’aucuns pourraient se sentir visés, atteints dans leur honneur. -A lire  « Quand la France surveillait les écrans belges : la réception en Belgique des Sentiers de la gloire de Stanley Kubrick ».[8]-)

Peut-être faudrait réécrire une chanson de Craonne [9]?

Quand au bout d’huit jours le r’pos terminé On va reprendre les tranchées, Notre place est si utile Que sans nous on prend la pile Mais c’est bien fini, on en a assez Personne ne veut plus marcher Et le cœur bien gros, comm’ dans un sanglot On dit adieu aux civ’lots Même sans tambours, même sans trompettes On s’en va là-haut en baissant la tête – Refrain :Adieu la vie, adieu l’amour,Adieu toutes les femmesC’est bien fini, c’est pour toujoursDe cette guerre infâmeC’est à Craonne sur le plateauQu’on doit laisser sa peauCar nous sommes tous condamnésNous sommes les sacrifiés Huit jours de tranchée, huit jours de souffrance Pourtant on a l’espérance Que ce soir viendra la r’lève Que nous attendons sans trêve Soudain dans la nuit et dans le silence On voit quelqu’un qui s’avance C’est un officier de chasseurs à pied Qui vient pour nous remplacer Doucement dans l’ombre sous la pluie qui tombe Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes – Refrain – C’est malheureux d’voir sur les grands boulevards Tous ces gros qui font la foire Si pour eux la vie est rose Pour nous c’est pas la même chose Au lieu d’se cacher tous ces embusqués Feraient mieux d’monter aux tranchées Pour défendre leur bien, car nous n’avons rien Nous autres les pauv’ purotins Tous les camarades sont enterrés là Pour défendr’ les biens de ces messieurs là – Refrain :Ceux qu’ont l’pognon, ceux-là r’viendrontCar c’est pour eux qu’on crèveMais c’est fini, car les trouffionsVont tous se mettre en grèveCe s’ra votre tour messieurs les grosDe monter sur l’plateauCar si vous voulez faire la guerrePayez-la de votre peau

Le collectif Calvin & Hobbes



[1] Pourquoi sportif de haut niveau ? En mémoire d’un grand dirigeant d’entreprise qui justifiait son plantureux salaire en se comparant à un sportif de haut niveau qui, chacun l’admettra, mérite pleinement ce pognon.


[2] http://www.lalibre.be/economie/entreprise-emploi/article/779554/fortis-lippens-l-ex-banquier-ne-dit-pas-son-nom.html


[3] Lakshmi Mittal, rien à fer de Florange http://www.box.com/s/bnqa6ub5wca9cht4kyow


[4] Malcolm Brown (Verdun 1916, Perrin, 2006, p. 121)


[5] http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9n%C3%A9ral_Nivelle


[6] http://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_des_caporaux_de_Souain


[7] http://fr.wikipedia.org/wiki/Soldat_fusill%C3%A9_pour_l%27exemple


[8]Catherine Lanneau, « Quand la France surveillait les écrans belges : la réception en Belgique des Sentiers de la gloire de Stanley Kubrick », Histoire@Politique. Politique, culture, société, mai-août 2009, N°8. http://www.histoire-politique.fr/index.php?numero=08&rub=autres-articles&item=48


[9] http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Chanson_de_Craonne

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